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LA
COMMUNE A L'HOTEL DE VILLE

I.
LES LÉGISLATEURS.


I. — LA PRISE DE POSSESSION.

La tentative que fit le gouvernement régulier pour réintégrer dans les arsenaux de l’état les canons enlevés aux parcs d’artillerie de l’armée et hissés jusque sur les hauteurs de Montmartre fut le prétexte et non pas le motif de la grande insurrection de 1871 ; car celle-ci était depuis longtemps décidée en principe. On l’avait consciencieusement préparée pendant la période d’investissement, on avait des armes et des munitions en abondance, qui paraissent cependant n’avoir pas suffi aux projets révolutionnaires que l’on nourrissait, car la fabrication des bombes à main ne chôma pas, ainsi que l’on peut s’en convaincre en lisant les récits des témoins déposant devant la commission d’enquête parlementaire sur la journée du 18 mars. Au lendemain de l’armistice, tandis que sous le poids de nos défaites chacun de nous luttait contre son accablement, haussait son cœur et reprenait courageusement son outil pour donner à notre malheureux pays tout ce qu’il gardait encore d’énergie, de bon vouloir et d’intelligence, les futurs membres de la commune et les fédérés de la révolte s’assemblaient en conciliabules, échangeaient des mots de passe, regardaient avec joie l’armée