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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




30 avril 1879.

Depuis quelques jours, dans le repos un peu désœuvré que nous ont fait les vacances parlementaires, une question assez étrange s’est élevée, elle est devenue le thème des conversations et des polémiques. Le débat est une fois de plus engagé entre les médecins Tant-pis et les médecins Tant-mieux. Doit-on s’alarmer sérieusement de la marche de nos affaires intérieures? N’y a-t-il au contraire que des raisons de se laisser aller à la tranquillité confiante des satisfaits, des optimistes qui ne s’étonnent de rien, qui voient tout sans s’émouvoir ?

Il n’y a, si l’on veut, ni à s’effrayer, ni à se rassurer plus qu’il ne faut; il y a tout simplement à regarder sans illusion, avec quelque sang-froid, une situation qui, après avoir été belle il y a trois mois, reste pour l’instant visiblement altérée par les emportemens des uns, par les faiblesses des autres, par une confusion croissante des esprits et des idées. Rien n’est perdu sans doute parce qu’il y a eu des fautes multipliées, assez sérieuses et assez sensibles pour frapper, pour déconcerter parfois l’opinion; mais il y aurait aussi un singulier aveuglement ou une singulière futilité à ne pas s’avouer des fautes évidentes, à se méprendre sur la signification de tous ces incidens qui se succèdent, sur le danger de cette lutte ouverte entre les dernières garanties conservatrices et des passions ou des prétentions qui ne se déguisent même plus. La vérité est que depuis trois mois tout a changé autour de nous, que des conditions primitivement favorables ont été compromises et que, si aujourd’hui il y a de vagues appréhensions, des défiances qui n’existaient pas, c’est qu’on l’a bien voulu. Tout le monde y a travaillé d’une manière différente, les partis extrêmes en croyant pouvoir désormais tout oser, en ne dissimulant plus l’esprit de violence qui les anime, M. le ministre de l’instruction publique en entraînant le cabinet dans une triste aventure, en exposant le gouvernement à jeter la division dans sa propre armée : de telle sorte que nous sommes arrivés en