Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/212

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


étude est de savoir quels terrains on y rencontre et ce que l’on en peut tirer. Un double examen géologique et agronomique est ainsi nécessaire, en même temps qu’il faut se rendre compte de ce qu’est le climat, des effets qu’il produit sur le tempérament des Européens, de l’influence qu’il peut exercer sur les travaux projetés.

Du golfe de Gabès à l’Océan-Atlantique, l’Afrique septentrionale se présente sous le même aspect géologique. C’est un massif montagneux formé par des soulèvemens à peu près parallèles à la côte. A ne considérer que les lignes générales, ce pays s’offre sous la forme de deux versans inclinés, l’un vers le nord, l’autre vers le midi, avec une cuvette déprimée ou haut plateau entre les deux. Le plus souvent le massif plonge brusquement dans la mer; ailleurs, aux environs de Bone, d’Alger, d’Oran, il en est séparé par une plaine basse que limite du côté de la Méditerranée un petit soulèvement isolé connu sous le nom de Sahel. En dépit de cette disposition topographique, les rivières du versant nord se dirigent plus ou moins droit vers la mer, après avoir traversé par des gorges étroites les chaînes parallèles qui leur barrent le passage. Le plus important des cours d’eau qui prennent naissance sur le plateau, le Chélif, s’est de même ouvert une issue vers le nord. Les autres rivières de cette région centrale se perdent, dans les chotts, lacs marécageux et saumâtres, à des altitudes moyennes de 800 mètres. Enfin les affluens du versant méridional se dirigent, ceux de la province d’Oran vers les plaines de sable qui les absorbent, ceux des provinces d’Alger et de Constantine vers la série de bas-fonds desséchés qui se prolonge de Tougourt au golfe de Gabès. On n’a pas oublié le projet de M. Roudaire qui a pour but, après avoir rétabli les communications entre ces bas-fonds et la Petite-Syrte, de les transformer de nouveau en une mer intérieure.

Si l’on veut que le mot Algérie ait une expression géographique déterminée, il faut l’appliquer non-seulement à la zone littorale, au Tell, seule partie que les Européens habitent jusqu’à présent, mais encore à tout l’ensemble de ce massif montagneux dont les lignes de faîte, parfois supérieures à 2,000 mètres, se maintiennent en général à l’altitude de 1,200 à 1,400 mètres.

Quelle est la géologie de cette contrée? Les terrains primitifs ne s’y montrent à découvert qu’en quelques points, notamment dans le Sahel. Les assises jurassiques et crétacées occupent de vastes surfaces, recouvertes parfois par des couches tertiaires de marnes et d’argiles. Au fond des bassins intérieurs que forment les chaînons parallèles se trouvent d’épais sédimens, derniers témoins peut-être des tacs qui se sont vidés peu à peu par les échancrures des montagnes. Comparée aux provinces méridionales de la France, dont la formation géologique est analogue, l’Algérie se distingue