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a été assez imprévoyant pour ne pas se préoccuper de l’avenir. Mais l’état doit obéir à d’autres considérations. Sans doute il a comme le particulier le droit de rembourser sa dette au taux nominal qui a été indiqué, et, s’il ne s’agissait que d’un remboursement pur et simple, il n’y aurait rien à dire; mais lorsque cette offre de remboursement n’est qu’une manière d’arriver à la conversion, c’est-à-dire à une réduction d’intérêt, c’est alors un nouveau contrat qui va intervenir entre le créancier et son débiteur, il faut que les deux intérêts en jeu soient satisfaits, il faut notamment que le créancier qui consent à une diminution immédiate d’intérêt en trouve la compensation dans l’augmentation du capital. Cette compensation est de toute justice, elle est tellement admise aujourd’hui qu’il n’y a pour ainsi dire plus un état ni une compagnie industrielle ou financière qui emprunte autrement qu’en promettant une prime de remboursement. C’est la condition essentielle pour trouver de l’argent à de meilleures conditions.

Si l’intérêt est plus élevé, dira-t-on, sans qu’il y ait augmentation de capital, au moins on n’engage pas l’avenir, tout le poids de l’emprunt pèse sur la génération présente et cela est juste, car c’est souvent pour payer les folies de celle-ci que l’emprunt a eu lieu. Et quant au prêteur, s’il veut se mettre en état de pouvoir supporter un jour l’accroissement du prix des choses, il n’a qu’à prélever chaque année une part de l’intérêt plus élevé qu’on lui sert et la consacrer à l’amortissement. Cette théorie un peu spécieuse n’a plus beaucoup d’adhérens; on ne voit guère d’états, je le répète, qui, pour diminuer la prime de remboursement dans l’avenir, consentent à augmenter immédiatement l’intérêt de leur dette: c’est tout le contraire qui a lieu. Sans doute, il arrive que des emprunts soient faits pour payer les folies de ceux qui les contractent; mais il arrive aussi souvent qu’ils servent à satisfaire des intérêts permanens dont profite l’avenir, à payer, par exemple, de grands travaux d’utilité publique. Pourquoi la génération présente en supporterait-elle tout le poids? Si l’on est si pressé de décharger les générations futures, on a un moyen bien simple de le faire, c’est d’imiter les États-Unis et de s’imposer extraordinairement pour éteindre la dette le plus vite possible. De cette façon, tous les intérêts sont sauvegardés ; l’état ne paie pas plus qu’il n’a reçu, ou peu en plus, et le créancier, qui est remboursé à bref délai, ne souffre pas trop des variations de prix qui peuvent avoir lieu dans l’intervalle. Mais, lorsqu’on stipule pour un long terme et qu’on ne sait pas quand on remboursera, il faut offrir au créancier une augmentation de capital équivalente à celle qui pourra se produire dans le prix des choses. Et quant à compter sur ce créancier pour faire son amortissement lui-même,