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tour, l’obstacle qui gênait l’essor du 4 1/2 pour 100 gênera plus tard celui du 4. Ce sera une amélioration sans doute, puisqu’on aura obtenu une plus grande économie et une plus grande réduction d’intérêt. Mais, dans un cas comme dans l’autre, on n’aura rien fait de définitif, et le crédit de l’état aura toujours une limite artificielle.

Reste la conversion en 3 pour 100 ; avec ce fonds évidemment on a une marge beaucoup plus large; jusqu’à ce que le 3 pour 100 ait atteint le pair et qu’on songe aussi à le convertir, il se passera du temps, et d’ici là on aura beaucoup profité du progrès réalisé. Il y a pourtant une grosse objection; on dit : Si vous faites la conversion en 3 pour 100, vous pouvez en effet obtenir immédiatement une plus grosse réduction d’intérêt, on sera séduit par l’augmentation du capital et on se montrera moins difficile sur le revenu. Seulement, cette augmentation de capital est une charge énorme que vous léguez aux générations futures, et qui pourra les gêner beaucoup. Vous vous reconnaissez débiteur de 133 francs pour 100 francs que vous avez le droit de rembourser aujourd’hui, votre dette est accrue d’un 1/3. Est-ce bien sage, bien prévoyant, et devez-vous, pour dégrever un peu le présent, surcharger ainsi l’avenir? Telle est l’objection, et alors on cite l’opinion de tous les hommes d’état célèbres, de tous les financiers qui se sont opposés à une conversion faite dans ces conditions. « J’emprunterais, disait le baron Louis, si j’étais réduit par la nécessité, à de gros intérêts, tant qu’on voudra, en 6, 7, 8, 9 et même 10 pour 100, mais jamais avec augmentation de capital, parce que dans les temps meilleurs je rachèterais avec l’amortissement, tandis qu’au contraire avec un intérêt modique et un capital immense, je ne pourrais jamais racheter et finirais par succomber. » Et en Angleterre, John Sinclair s’exprimait avec plus de force encore. « Ajouter, disait-il, un capital artificiel à un capital réel, obliger l’état à payer 100 francs, lorsque peut-être il n’en a reçu que 50 ou 60, c’est la plus spécieuse des opérations financières, et tout ministre qui proposerait au parlement un pareil moyen devrait être mis en accusation. » Le comte Roy, à propos du projet de conversion de M. de Villèle, en 1824, blâmait également l’augmentation éventuelle de 33 pour 100 de capital qui résultait de ce projet, « Cette augmentation présentée, disait-il, comme une indemnité pour la diminution d’intérêt imposée au rentier n’était avantageuse qu’aux joueurs et aux spéculateurs. » Enfin, M. Bineau, dans les considérans qui précédèrent le décret de mars 1852 sur la conversion du 5 pour 100 en 4 1/2, faisait valoir aussi qu’une des qualités de son projet consistait en ce qu’il n’y avait pas augmentation de