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engagés dans le 5 pour 100, et se mît par suite dans l’impossibilité de faire face aux demandes de remboursement qui se présenteraient. Il vaut mieux, dit-on, se contenter d’une simple réduction de 1/2 pour 100 que de courir des risques en en cherchant une plus forte ; d’ailleurs on pourra arriver à cette réduction plus forte en procédant successivement et par étapes. Cette considération impressionne beaucoup de gens ; elle nous impressionnerait nous-même, s’il n’y avait en jeu que la question d’économie. Ce n’est pas en effet pour 30 ou 40 millions de plus à économiser par an, quoique le chiffre soit assez gros, que nous voudrions courir le risque d’un grand déclassement de capitaux. Mais il y a une raison qui domine tout, c’est l’essor à donner au crédit et l’impossibilité de rester dans la situation où l’on est. Avec le 4 1/2 pour 100 on n’a rien fait pour le crédit, il reste paralysé comme auparavant. Aujourd’hui, c’est le 5 pour 100 qui, à 114 ou 115 francs rapportant 4 fr. 40, ne peut pas monter sensiblement parce qu’il est menacé de conversion; demain ce sera le 4 1/2 qui oscillera autour des mêmes cours et ne pourra pas s’en écarter beaucoup par la même raison. Et quant au 3 pour 100 qui, au taux de 78 fr., donne 3 fr. 80 pour 100, il souffrira de la comparaison avec le 4 1/2. Le capitaliste sérieux qui veut faire un placement n’achètera pas du 3 pour 100 rapportant 3 fr. 80 lorsqu’il pourra trouver au moins 4 fr. avec un autre fonds de l’état. En faisant la conversion en 4 1/2, on aura pour un temps plus ou moins long mis une entrave au crédit. C’est ce qui nous empêche d’accepter les étapes par lesquelles on voudrait arriver à une réduction plus grande de l’intérêt.

On a reproché à l’état d’avoir fixé autrefois à 5 pour 100, par la loi de 1807, le maximum du taux de l’intérêt. Avec la conversion en 4 1/2, on ferait quelque chose d’analogue, sans obéir à la même nécessité; on décréterait pour ainsi dire le maximum du taux de capitalisation de l’intérêt. Non, on ne peut pas proposer aujourd’hui sérieusement la conversion en 4 1/2, elle ne répondrait à rien de ce qu’on doit attendre, ce serait une besogne à recommencer dans quelques années, et d’ici là, je le répète, tout resterait en suspens et en souffrance. Quant aux précédens qu’on invoque, en Angleterre et en France, ils ne signifient rien. La situation n’était pas la même. En Angleterre, pour ne parler que de la plus importante des conversions qui ont eu lieu dans ce pays, de celle qui fut faite en deux parties : la première en 1844 en réduisant le 3 1/2 pour 100 en 3 1/4, et la seconde en 1854 en convertissant le 3 1/4 en 3 pour 100, on va voir que l’analogie n’existait pas. Lorsqu’on proposa la première, le 3 1/2 était à 102 et le 3 1/4 au-dessous du pair ; on eut confiance néanmoins, on alla de l’avant, et une fois cette première conversion