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préambule du décret du 14 mars 1852, trois conditions sont nécessaires : il faut que par suite de l’abaissement général du taux de l’intérêt dans le pays, le taux réel du crédit de l’état, l’intérêt auquel il pourrait contracter un emprunt, soit inférieur à l’intérêt de la dette qu’il s’agit de convertir; il faut en outre que le trésor soit dégagé de tout embarras, afin d’être en mesure de pourvoir aux remboursemens partiels qui pourraient être demandés. Il faut enfin que le pays soit calme et l’avenir assuré. M. Bineau trouvait que ces trois conditions existaient en mars 1852. On aurait pu le contester, car on était au commencement d’un nouveau règne plein d’incertitude; la guerre civile venait à peine d’être apaisée, et le 5 pour 100, qu’on voulait convertir, dépassait tout juste le pair. En outre, le trésor était loin d’être dégagé de tout embarras, il n’avait pas de grandes ressources pour faire face aux remboursemens, et cependant la conversion a réussi. Que doit-on penser aujourd’hui? La rente qu’il s’agirait de convertir est à 115 francs, les capitaux sont on ne peut plus abondans, jamais ils ne l’ont été davantage. Et si ceux qui sont dans les mains des particuliers ne suffisaient pas pour absorber les déclassemens de titres qui auraient lieu et faire face aux demandes de remboursement, la Banque de France pourrait à elle seule prêter toute l’assistance dont on aurait besoin. Seulement la politique est là qui fait hésiter le gouvernement, et il hésite d’autant plus que depuis 1852 le nombre des rentiers s’est beaucoup étendu. On comprendrait cette hésitation s’il s’agissait d’accomplir une mesure d’un caractère douteux et d’une utilité contestable, ou si encore on pouvait, sans compromettre des intérêts sérieux, rester dans la situation où l’on est. Mais l’utilité de la conversion est évidente, incontestable, et quant à rester longtemps dans la situation actuelle, avec la menace de la conversion pendante et l’immobilité qui en résulte pour les fonds de l’état, cela nous paraît impossible. L’hésitation n’est donc pas permise, elle serait un grand signe de faiblesse de la part du gouvernement. On proclame tous les jours que la république est un gouvernement très fort, qui n’a pas à s’occuper des intérêts particuliers, comme les monarchies ou les aristocraties, qui ne voit que l’intérêt général. Et il reculerait devant la première des mesures que commande aujourd’hui cet intérêt! Ce ne serait pas heureux. Un gouvernement qui est réellement fort considère comme choses secondaires les questions de popularité ou d’impopularité qui sont attachées à telle ou telle mesure. Il fait son devoir sans craindre les récriminations plus ou moins intéressées. En définitive, c’est toujours la vérité qui prévaut. Louis-Philippe a fait ajourner la conversion pendant tout son règne pour ménager la bourgeoisie qui possédait la rente, cela