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république de 1848 ; cet exemple n’est pas topique. Nous n’avons pas à justifier la mesure qui a été prise alors et qui était peut-être commandée par la nécessité. Mais c’est voir les choses par un bien petit côté que de croire qu’elle ait été la cause principale de la chute de cette république, elle n’y a joué qu’un rôle très accessoire. D’ailleurs il n’y a aucune comparaison à établir entre les deux situations. En ajoutant 45 centimes au principal de l’impôt foncier en 1848, on atteignait six millions de propriétaires au moins, et cela dans un moment de panique effroyable, lorsque toutes les industries étaient suspendues et que personne ne paraissait avoir de ressources. Aujourd’hui, que se passerait-il avec la conversion du 5 pour 100? On a fait grand bruit de la diffusion de la rente : elle a pénétré, dit-on, jusque dans les plus petits villages et tout le monde en possède. Nous voudrions bien que cela fut vrai, car cela indiquerait un état de bien-être qui dépasserait les suppositions les plus optimistes. Malheureusement il n’en est pas encore tout à fait ainsi. Il y a, paraît-il, deux millions sept cent soixante mille titres de rente 5 pour 100. Or, comme plusieurs de ces titres sont réunis dans la même main, si l’on prend une moyenne de quatre titres par personne, il y aurait aujourd’hui en France à peu près sept cent mille porteurs de cette rente sans tenir compte de ceux qui sont à l’étranger; et si maintenant on suppose que chaque personne est un chef de famille, ayant quatre individus derrière lui, supposition exagérée et bien improbable, ce sont deux millions huit cent mille individus au plus qui seraient atteints par la conversion. C’est beaucoup assurément; mais qu’est-ce que ce chiffre à côté de celui des personnes qui ont été frappées par l’impôt des 45 centimes ! Il y a en France et il y avait déjà en 1848 six millions au moins de propriétaires du sol et d’immeubles [1]; à quatre personnes par famille de propriétaires, cela fait vingt-quatre millions d’individus, et ils n’avaient pas la compensation qu’on pourrait espérer aujourd’hui à la suite de la conversion, celle d’un dégrèvement ultérieur d’impôts, venant atténuer le sacrifice qu’ils avaient fait. Avec la conversion, non-seulement on ne lèse que deux millions huit cent mille individus au lieu de vingt-quatre, mais on peut satisfaire trente-six millions de contribuables par le dégrèvement. Et, si celui-ci est opéré judicieusement, il peut avoir sur le progrès de la richesse une influence assez importante : les rentiers, privés d’une partie de leur revenu, trouveront une compensation dans la plus-value de cette richesse, comme commerçans ou industriels, comme travailleurs

  1. Voyez les statistiques officielles publiées par le ministère de l’agriculture et du commerce.