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vos raisons d’inopportunité, croiront que la conversion est enterrée, ou du moins ajournée pour longtemps, et ils préféreront le 5 pour 100, rapportant au cours actuel encore 4 1/2, au 3 pour 100 donnant moins de 4. En un mot, déclarer l’inopportunité de la conversion, c’est pour ainsi dire déclarer l’immobilité du crédit de l’état et par suite celle du crédit public. Est-ce bien là ménager la situation et servir les intérêts du pays? Nous comprendrions mieux, dans l’intérêt de ce crédit, qu’on vînt dire tout à coup : Nous renonçons pour toujours à la conversion, elle serait impopulaire et pourrait troubler l’existence de la république; nous ne voulons pas nous exposer au mécontentement qui en résulterait. Cette déclaration serait grave assurément et jugée sévèrement par l’histoire, mais au moins dans le présent elle créerait une situation nette; le 5 pour 100 monterait à son niveau naturel, à 125 ou 130, le 4 1/2 serait à 115, et le 3 pour 100 à 85, peut-être même à 90; il n’y aurait de sacrifié que l’intérêt des contribuables, qui seraient privés à tout jamais du dégrèvement d’impôt pouvant résulter d’une réduction de la dette; le crédit, de l’état au moins aurait repris tout son essor. Au lieu de cela, on fait une déclaration bâtarde qui ne tranche rien et compromet tout. On veut attendre la fin de la crise industrielle et commerciale pour tenter la conversion. Cette crise peut durer longtemps, car elle dépend de causes diverses sur lesquelles malheureusement le gouvernement n’a pas trop d’action. Attendra-t-on toujours? et d’ailleurs c’est une véritable pétition de principes. Qu’est-ce qui peut le plus faciliter la reprise des affaires, si cette reprise est possible, dans l’état d’anarchie économique où l’on est en France et en Europe? c’est à coup sûr le bas prix de l’argent.

Le capital à bon marché a toujours été un élément favorable pour les affaires, et personne n’ignore que le crédit de l’état sert de régulateur au crédit en général, aujourd’hui plus que jamais avec l’importance des fonds qui émanent du gouvernement. Si on obtient 4 1/2 pour 100 avec la rente, on ne placera pas son argent ailleurs à un taux plus bas, à moins de considérations exceptionnelles. Loin donc que la crise industrielle et commerciale soit un, obstacle à la conversion, elle est au contraire une invitation à la faire. On peut ajouter de plus qu’elle est presque une garantie du succès. Que faut-il pour ce succès? Qu’il y ait beaucoup de capitaux disponibles et qu’on n’ait pas d’intérêt à les placer ailleurs que dans la rente. Or, quand les capitaux s’éloignent du commerce et de l’industrie pour cause de crise, ils deviennent malheureusement trop nombreux eu égard aux besoins, et on n’en sait que faire. Ira-t-on les placer à l’étranger? On prétend qu’on peut en avoir la crainte, que, déjà pendant les premiers bruits qui ont circulé au sujet de la conversion, un certain