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LA
CONVERSION DU 5 POUR 100


I.

On a beaucoup parlé de la conversion du 5 pour 100 à la fin du mois de février, après la nomination de la commission du budget, dont la majorité paraissait favorable à cette mesure. On la croyait même imminente, lorsque tout à coup M. le ministre des finances est venu déclarer que, dans l’état actuel de la crise commerciale et industrielle, on ne pouvait pas songer à la conversion, que la question était inopportune. Cette déclaration a beaucoup surpris ; on ne voit pas bien la relation qui existe entre la crise industrielle et commerciale qui sévit en ce moment partout en Europe et la nécessité d’ajourner la conversion. Vous dites que, dans les temps difficiles où nous sommes, il serait téméraire d’augmenter les souffrances des rentiers en leur proposant une réduction d’intérêt; cependant, vous n’osez pas les rassurer tout à fait et ajouter qu’elle ne se fera jamais. Qu’en résultera-t-il? Que la situation actuelle va continuer; le 5 pour 100 traînera toujours au pied le boulet de la conversion dont vous ne voulez pas et ne pouvez pas l’affranchir; il oscillera autour des cours actuels de 114 à 115; le 4 1/2 restera à 109 ou 110, c’est-à-dire qu’il y aura 4 ou 5 francs de différence, comme capital, entre deux fonds rapportant, l’un 5 pour 100 et l’autre 4 1/2, et le 3 pour 100 n’aura pas non plus tout l’essor qu’il doit avoir. Beaucoup de rentiers, appréciant à leur manière