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Cependant le gouvernement anglais, entre les mains duquel était tombé le rapport de Kléber sur la situation de l’armée, et qui espérait amener celle-ci à se rendre à merci, faisant preuve en cette circonstance de cette mauvaise foi qui est devenue proverbiale, avait refusé de sanctionner la convention conclue par sir Sydney Smith, et envoyé dans la Méditerranée l’amiral Keith pour signifier à Kléber cette décision. Tandis que les Français, pour se conformer aux conditions du traité, abandonnaient les places qu’ils détenaient et s’acheminaient vers Rosette et Alexandrie, Keith vint avec sa flotte mettre le blocus devant ces ports pour empêcher les vaisseaux chargés de troupes d’en sortir. Il écrivit à Kléber sa fameuse lettre à laquelle celui-ci répondit par une proclamation à son armée, digne des héros de l’antiquité :


« Soldats !

« Voici la lettre qui vient de m’être adressée par le commandant en chef de la flotte anglaise dans la Méditerranée :

« À bord du vaisseau de sa majesté la Reine Charlotte, à Minorque, le 8 janvier.
« Monsieur,

« Ayant reçu des ordres positifs de sa majesté de ne consentir à aucune capitulation avec l’armée française que vous commandez en Égypte et en Syrie, excepté dans le cas où elle mettrait bas les armes, se rendrait prisonnière de guerre et abandonnerait tous les vaisseaux et toutes les munitions du port et ville d’Alexandrie aux puissances alliées ; et, dans le cas où une capitulation aurait lieu, de ne permettre à aucune troupe de retourner en France qu’elle ne soit échangée, je pense nécessaire de vous informer que tous les vaisseaux ayant des troupes françaises à bord et faisant voile de ce pays, d’après les passeports signés par d’autres que ceux qui ont le droit d’en accorder, seront forcés par les officiers des vaisseaux que je commande de rentrer à Alexandrie, et que ceux qui seront rencontrés retournant en Europe, d’après des passeports accordés en conséquence d’une capitulation particulière avec une des puissances alliées, seront retenus comme prises, et tous les individus à bord considérés comme prisonniers de guerre.

« Keith. »
« Soldats !

« On ne répond à de telles insolences que par des victoires : préparez-vous à combattre. »


L’effet de cette proclamation fut immense ; l’armée, ressentant vivement l’outrage qui lui était fait, brûlait du désir de le venger. Kléber se mit aussitôt en mesure d’attaquer le grand vizir, qui s’était avancé jusqu’au Caire, et la victoire d’Héliopolis, qui refoula l’armée turque dans le désert, fut sa première réponse à la lettre de l’amiral