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ciers de ce corps, qui, seuls, devaient nous répondre de son obéissance, ou au moins contribuer efficacement à ramener promptement l’ordre. Je vous avoue que jusqu’à présent je n’ai pu me familiariser avec cette Mesure. La seconde faute est d’avoir capitulé avec ces soldats tant qu’ils étaient dans cet état de révolte.

« Un autre reproche que j’ai à vous faire est d’avoir inutilement et inconsidérément envoyé une foule de parlementaires à bord des bâtimens ennemis et surtout du choix singulier que vous en avez fait. Certes, ni Devaux, ni Darmagnac ne devaient prétendre à de pareilles missions, où le courage n’est compté pour rien et le talent de se présenter et de parler est tout. Je suis surtout à connaître encore pourquoi le chef de brigade du génie Lasowski a aussi été de cette partie. Enfin, vous avez reçu des papiers publics, vous les avez lus et fait lire, sans qu’il vous soit venu à l’idée que ces papiers devaient nécessairement m’intéresser et qu’il était rigoureusement de votre devoir de me les faire parvenir le plus promptement possible. La situation de l’Europe, que je ne puis connaître que par ces papiers, doit influer, plus que vous ne pensez sans doute, sur la conduite que j’aurai à tenir ici. Telle est l’explication franche et loyale que j’ai cru vous devoir ; il n’en serai désormais plus question. »


Cependant Desaix et Poussielgue avaient été chargés par Kléber de continuer, avec sir Sydney Smith, sur le vaisseau anglais le Tigre, les négociations relatives à l’évacuation de l’Égypte ; ils devaient y mettre pour conditions que l’alliance formée entre l’Angleterre, la Russie et la Porte serait dissoute, que Corfou, Zante et Céphalonie seraient rendus à la France, que Malte, serait maintenue à celle-ci, que les négocians français pourraient continuer à résider en Égypte, et que, dans le cas où ces conditions ne seraient pas acceptées, un courrier pourrait être envoyé à Paris pour demander des instructions.

La situation de l’armée allait cependant en s’aggravant tous les jours ; l’esprit d’indiscipline faisait des progrès ; le fort d’El-Arych avait été enlevé par surprise par le grand vizir, malgré un armistice conclu, grâce à la complicité de la garnison, qui du reste fut presque tout entière massacrée par l’ennemi ; on avait reçu de plus des nouvelles d’Europe qui représentaient l’état de la France sous les plus sombres aspects et ses armées battues sur toutes les frontières. Au milieu de ces perplexités et fort de l’autorisation que Bonaparte lui-même lui avait donnée, Kléber crut pouvoir se relâcher de ses exigences premières ; il écrit donc à ses plénipotentiaires, à la date du 3 janvier 1800 :


« D’après cela et la situation plus que pénible dans laquelle je me