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même l’évacuation de l’Égypte en serait la condition principale. »

« Je vous fais remarquer ce passage, citoyens directeurs, parce qu’il est caractéristique sous plus d’un rapport, et qu’il indique surtout la situation critique dans laquelle je me trouve…

« Dans cet état de choses, que puis-je et que dois-je faire ? Je pense, citoyens directeurs, que c’est de continuer les négociations entamées par Bonaparte ; quand elles ne donneraient d’autre résultat que celui de gagner du temps, j’aurais déjà lieu d’en être satisfait. Vous trouverez ci-jointe la lettre que j’envoie au grand vizir, en lui envoyant le duplicata de celle de Bonaparte. »


Les ouvertures faites à la Porte ne furent point accueillies par cette dernière, qui exigeait avant d’entrer en pourparlers l’évacuation de l’Égypte comme condition préliminaire. Kléber, de son côté, ne voulait consentir à cette évacuation que si elle devait conduire à la paix générale de l’Europe, et il entama à ce sujet une correspondance avec sir Sydney Smith, commandant de l’escadre anglaise.|90}}


« Je reçois, écrit-il à celui-ci à la date du 30 octobre 1799, votre lettre au sujet de celles que Bonaparte et moi avons écrites au grand vizir…

« Je n’ignorais pas l’alliance contractée entre la Grande-Bretagne et l’empire ottoman ; mais je crois inutile de vous expliquer les motifs d’après lesquels je me suis expliqué directement avec le grand vizir. Vous sentez comme moi que la république française ne doit à aucune des puissances avec lesquelles elle était en guerre quand nous sommes venus en Égypte compte des motifs qui nous y ont amenés…

« Les Français n’ont jamais demandé à quitter l’Égypte uniquement pour retourner dans leur patrie ; ils le demanderaient encore moins aujourd’hui qu’ils ont vaincu tous les obstacles intérieurs et multiplié les moyens de défense à l’extérieur ; mais ils la quitteraient avec autant de plaisir que d’empressement, si cette évacuation peut devenir le prix de la paix générale…

« Les forces que je commande peuvent me suffire encore longtemps, et quelque actives que soient les croisières ennemies de la Méditerranée, elles n’empêcheront pas plus un secours d’arriver qu’elles n’ont pu empêcher l’escadre française de passer de Brest à Toulon et de sortir ensuite de Toulon pour se réunira l’escadre espagnole. Le moindre secours que j’en recevrais me rendrait pour toujours inexpugnable…

« Mais comme le but auquel, en définitive, il faut atteindre est la paix, qu’on peut en s’entendant la faire dès à présent, comme on la fera plus tard ; qu’on épargnerait ainsi l’effusion de beaucoup de sang, qu’enfin je ne connais pas de gloire au-dessus de celle que l’histoire reconnaissante distribuera aux précurseurs d’un si grand bienfait, j’ai fait