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de moitié, et nous occupons tous les points capitaux du triangle des Cataractes à El-Arych, d’El-Arych à Alexandrie et d’Alexandrie aux Cataractes.

« Cependant il ne s’agit plus comme autrefois de lutter contre des hordes de mamelucks découragés, mais de combattre et de résister aux efforts réunis de grandes puissances : la Porte, les Anglais et les Russes.

« Le dénûment d’armes, de poudre de guerre, de fer coulé et de plomb présente un tableau aussi alarmant que la grande et subite diminution d’hommes dont je viens de parler!.. Les troupes sont nues, et cette absence de vêtemens est d’autant plus fâcheuse que, dans ce pays, elle est une des causes les plus actives de la dyssenterie et des ophthalmies qui sont les maladies constamment régnantes… Le général Bonaparte, avant son départ, avait à la vérité donné des ordres pour habiller l’armée en drap ; mais, pour cet objet comme pour beaucoup d’autres, il s’en est tenu là, et la pénurie des finances, qui est un nouvel obstacle à combattre, l’a mis sans doute dans la nécessité d’ajourner l’exécution de cet utile projet. Il faut parler de cette pénurie.

« Le général Bonaparte a épuisé toutes les ressources extraordinaires dans les premiers mois de notre arrivée. Il a levé alors autant de contributions que le pays pouvait en supporter…

« Tout ce que j’avance ici, citoyens directeurs, je puis le prouver par des procès-verbaux et par des états certifiés des différens services.

« Quoique l’Égypte soit tranquille en apparence, elle n’est rien moins que soumise… Les mamelucks sont dispersés, mais ils ne sont pas détruits. Mourad-Bey est toujours dans la haute Égypte avec assez de monde pour occuper une partie de nos forces… Ibrahim-Bey est à Gaza avec environ deux mille mamelucks, et je suis informé que trente mille hommes de l’armée du grand vizir et de Djezzar-Pachay sont déjà arrivés.

« Telle est, citoyens directeurs, la situation dans laquelle le général Bonaparte m’a laissé l’énorme fardeau de l’armée d’Orient. Il voyait la crise fatale approcher : vos ordres sans doute ne lui ont pas permis de la surmonter. Que cette crise existe, ses lettres, ses instructions, sa négociation entamée en font foi : elle est de notoriété publique, et nos ennemis semblent aussi peu l’ignorer que les Français qui se trouvent en Égypte.

« Si cette année, me dit le général Bonaparte, malgré toutes les précautions, la peste était en Égypte, et que vous perdissiez plus de quinze cents soldats, perte considérable puisqu’elle serait en sus de celle que les événemens de la guerre occasionneraient journellement, dans ce cas vous ne devez pas vous hasarder à soutenir la campagne prochaine, et vous êtes autorisé à conclure la paix avec la Porte-Ottomane, quand