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pas perdue, les Prussiens leur faisaient parvenir dans de faux Moniteurs imprimés pour la circonstance. Munnier avait été tué ; les postes avancés avaient été successivement enlevés par l’ennemi ; les soldats en étaient réduits à manger des rats, et il avait fallu placer des gardes le long du Rhin pour les empêcher de se nourrir des chevaux morts que le fleuve emportait ; on n’avait plus ni blé, ni médicamens ; la détresse était au comble et le bombardement continuait sans relâche. Convaincu qu’il était impossible de tenir plus longtemps, le conseil de défense se décida à capituler ; mais la capitulation fut des plus honorables, car elle permettait à l’armée de sortir avec armes et bagages sans autre condition que de ne pas servir pendant une année contre les coalisés. Le défilé qu’elle fit devant le roi de Prusse fut presque une marche triomphale ; bien différent, hélas ! de celui que, soixante-dix-sept ans plus tard, dut faire la belle armée de Metz devant le même ennemi.

C’est au siège de Mayence que Kléber se révéla tout entier et qu’il montra, joints à une bravoure à toute épreuve, le coup d’œil et le sang-froid qui font les grands généraux. « Je vécus, dit-il, pendant quatre mois sous une voûte de feu ; j’assistais à toutes les sorties, je résistais à toutes les attaques, ignorant pendant ces quatre mois si la France existait encore. » Néanmoins les généraux qui commandaient à Mayence, y compris Kléber, furent décrétés d’accusation ; mais la convention revint à une plus saine appréciation des événemens et déclara qu’ils avaient bien mérité de la patrie. L’armée de Mayence, réduite à seize mille hommes, ne pouvant, d’après les conditions de la capitulation, être employée contre l’ennemi extérieur, fut envoyée en Vendée (1793).

De toutes les résistances que la révolution souleva à l’intérieur, la plus grave, la plus persistante, fut l’insurrection de a Vendée. Dans ce pays fermé, où les nobles et les prêtres avaient conservé toute leur influence, la révolution causa un trouble profond, que la constitution civile du clergé et la mort du roi portèrent à son comble. Peut-être cependant l’irritation se fût-elle calmée peu à peu, si la convention n’avait prescrit la levée de trois cent mille hommes. Cette mesure exaspéra les paysans qui, obligés de prendre les armes, aimèrent mieux se battre contre un gouvernement qui violentait leurs habitudes que pour lui. Ils s’insurgèrent de tous côtés et choisirent pour chefs le garde-chasse Stofflet, le voiturier Cathelineau, l’ancien officier de marine Charette ; ils se précipitèrent dans les villes et dans les bourgs dont ils s’emparèrent et en chassèrent les représentans du nouvel ordre de choses. Bientôt un certain nombre de nobles comme Lescure, Bonchamp, d’Elbée, de La Rochejaquelein, vinrent se joindre à eux et donner à leurs masses confuses la cohésion et la direction qui leur manquaient. On sait quelle fut