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Montlosier se créa des relations et des correspondances dans toute l’Europe. Il put en nouer même à Paris. Le Courrier de Londres acquit une importance considérable.


VI.

Depuis la déclaration de guerre par la convention, le cabinet anglais s’était efforcé de renouer les nœuds de la coalition entre la Prusse et l’Autriche. Un traité d’alliance avait été conclu avec l’impératrice de Russie, des subsides accordés au roi de Sardaigne. L’héroïsme des armées françaises grandissait à mesure que la lutte sanglante et ruineuse se prolongeait. Le cabinet de Saint-James avait une autre tâche non moins difficile à remplir, celle de justifier la guerre devant l’opposition des deux chambres. Les ministres triomphaient dans le parlement. Cependant les difficultés suscitées entre les trois cours intéressées par le partage de la Pologne avaient déterminé le roi de Prusse à conclure la paix avec la France. Le traité de Bâle avait été signé. La cour de Vienne devenait dès lors le centre des opérations diplomatiques de Pitt.

Après l’insuccès de Quiberon, les cabinets étrangers étaient convaincus que les royalistes en France et hors de France ne pouvaient plus leur apporter que des ressources précaires et inefficaces. La paix avec l’Espagne vint consommer, pour ainsi dire, la ruine de la cause royale. La Russie, l’Angleterre et l’Autriche restaient encore debout. Les trois puissances venaient de signer, le 28 octobre 1795, le traité de la triple alliance, lorsque George III ouvrit en personne le parlement. Il fut assailli par des émeutiers aux cris : « Du pain ! du pain ! » Pour la première fois, l’opinion publique manifestait une lassitude. La république française venait de se reconstituer sous une nouvelle forme. Le gouvernement du directoire était de ceux avec lesquels on pouvait négocier. Si la paix ne se fit pas dès 1796, les Mémoires de Malmesbury témoignent du moins de la sincérité des dispositions pacifiques de Pitt.

C’est à ce moment que Montlosier prit définitivement seul la rédaction du Courrier de Londres. Il n’entra jamais, suivant la remarque d’un des hommes qui l’ont le mieux connu, en communication sympathique et directe avec le caractère anglais. Si l’indépendance de son jugement, la rudesse de sa verve, l’isolèrent, cette originalité donna de l’éclat à sa polémique. A chaque numéro du Courrier qui déplaisait, les rancunes se ravivaient. On lui fit d’abord des menaces; elles eurent peu de succès. Enfin on imagina de répandre le bruit que l’ordre de son renvoi d’Angleterre avait été arrêté en conseil des ministres.