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de sériculture, vainement plus d’un poète se mit à l’œuvre pour chanter les vers à soie dans des poèmes ou des odes, les mûriers ne devaient pas enrichir l’académie de Berlin.

A défaut de la soie, Leibniz imagine un impôt sur la fabrication du papier, impôt qu’il cherche à justifier d’une manière toute sophistique par le rapport de cette fabrication avec l’avancement des sciences, usus chartœ ad litterarmn incrementa ob utriusque rei naturalem connexionem. N’est-ce pas au contraire en vertu de cette connexion même que le papier aurait dû trouver grâce devant Leibniz? Il nous semble encore plus mal inspiré en réclamant pour l’académie le privilège de la censure avec un droit sur la librairie et sur tous les articles d’instruction et d’éducation. Il va même jusqu’à solliciter pour elle un impôt sur les mauvais livres, par cette raison spécieuse que ce serait un moyen d’en diminuer le nombre. Le but est louable, mais comment faire le sûr discernement des livres qui devront payer ce singulier impôt? Comment concilier avec la liberté de la pensée les revenus de l’académie?

Mieux valaient encore diverses ventes et loteries dont il voulait aussi qu’elle obtînt l’autorisation, ainsi que les bénéfices d’un bureau des poids et mesures, non pas qu’il eût la pensée de les ramener à l’unité, comme plus tard l’assemblée constituante, mais seulement pour empêcher les fraudes. Voici enfin d’autres monopoles, plus ou moins bizarres, surtout dans les mains d’une académie, proposés et sollicités par Leibniz : les lombards ou monts-de-piété, le papier timbré, et, ce qui paraîtra plus extraordinaire, un bureau de pompes à incendie. L’académie, placée à la tête de ce service, aurait entretenu et fourni, moyennant certaines taxes, des seringues à feu, comme dit Leibniz, et « donné de bons ordres contre les incendies. » Mentionnons en dernier lieu un autre projet sur lequel il revient sans cesse, un Notiz-amt, c’est-à-dire un bureau d’adresses, de placemens et de renseignemens de toute sorte que les académies exploiteraient à leur profit.

Certes la pensée de Leibniz est en elle-même excellente. Que veut-il, moyennant ces impôts ou taxes à leur profit? Rien, sinon assurer aux académies, dans le seul intérêt de la science et de l’humanité, des biens en quelque sorte académiques, des revenus indépendans des caprices des princes et des ministres, des vicissitudes et de la pénurie des finances de l’état. Mais comment ce grand ami des lumières ne s’est-il pas aperçu que, parmi les privilèges ou monopoles qu’il réclame en leur faveur, tels que la censure, les taxes sur le papier ou sur les livres, même les mauvais, les uns tourneraient contre le but même des académies, tandis que d’autres, les loteries et bureaux de placemens, les monts-de-piété, seraient incompatibles, sinon avec leur profit, du moins avec leur dignité? Heureusement