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M. Drouyn de Lhuys, dont les confidences eussent été du plus haut intérêt, n’est pas entré directement en lice; mais on a publié, sans grand retentissement, il est vrai, différentes pièces, entre autres des notes à l’empereur, qui pourraient bien être sorties de son portefeuille, dans l’unique pensée de dégager sa responsabilité personnelle. Quant à M. Benedetti, qui s’est vu après la guerre attaqué de tous les côtés, les uns lui reprochant d’avoir insuffisamment éclairé le gouvernement de l’empereur, et les autres l’accusant de lui avoir inspiré des résolutions téméraires, il n’a parlé que parce qu’il se considérait en quelque sorte dans un cas de légitime défense. Il a eu à cœur de démontrer, par la publication de ses dépêches et de ses lettres particulières, qu’il n’avait pas manqué à ses devoirs d’informateur, et que, s’il méritait un reproche, ce n’est pas celui assurément de s’être écarté de ses instructions.

M. de Bismarck a opposé au livre de notre ambassadeur « les papiers d’état » que M. Rouher, au moment où éclatait la guerre de 1870, avait envoyés à Cerçay, pensant qu’ils seraient dans sa propriété plus en sûreté qu’aux archives du ministère des affaires étrangères. Le hasard, si c’est vraiment à lui qu’il faut s’en prendre, a permis aux soldats prussiens de mettre la main sur des caisses contenant les documens et les correspondances concentrés pendant de longues années au ministère d’état. Le cabinet de Berlin se trouvait ainsi, par ce coup de filet, pour ne pas dire par ce rapt, car il s’agissait de papiers enlevés dans une propriété privée, détenteur des dépêches et des lettres particulières les plus confidentielles, dont les ministres des affaires étrangères ne pouvaient refuser la communication au collègue chargé de défendre devant les chambres les actes et la politique du gouvernement. M. de Bismarck n’a pas manqué d’en faire usage pour réfuter « les explications » données par M. Benedetti « sur les négociations entamées avec le cabinet de Berlin depuis la signature des préliminaires de Nikolsbourg. » Dans quelle mesure le gouvernement prussien a-t-il réussi à rectifier « les fausses interprétations » qu’il reprochait au comte Benedetti d’avoir émises sur la politique allemande? — Ce sera une question à élucider dans le cours de cette étude. La tâche s’est simplifiée par les publications italiennes. Les dépêches du général Govone sont venues fort à propos éclaircir le débat ; il est permis désormais de se prononcer entre deux adversaires préoccupés pour le moins autant de leur défense personnelle que de la vérité historique.

M. de Bismarck ne s’est pas contenté d’accuser et de réfuter, il a laissé publier pour sa plus grande gloire tout un volume de correspondances inédites, qui mériteraient une étude spéciale, car