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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/951

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 juin 1878.

Si les réunions brillantes, si les opulens spectacles de l’industrie, reine de la paix, suffisaient pour faire oublier les problèmes qui agitent les peuples, l’exposition serait l’unique événement aujourd’hui. Paris est pour le moment la ville des démonstrations, des réceptions ministérielles, des galas de toute sorte, en attendant les revues militaires et les fêtes nationales pour lesquelles on a voté un demi-million. Paris appartient aux provinciaux et aux étrangers, aux princes qui se succèdent, aux visiteurs illustres qui passent, au shah de Perse qui arrive avec son cortège oriental comme il y a quelques années. Usbek et Rica sont au Grand-Hôtel ; on peut les rencontrer au Champ-de-Mars ou dans les salons officiels.

Oui assurément, c’est une diversion d’une originalité étrange et somptueuse ; mais rien ne s’interrompt au milieu des fêtes et des spectacles. Tout se mêle dans ce monde affairé, les plaisirs et les préoccupations sérieuses, le souvenir des crises d’hier et la crainte des crises qui peuvent renaître, l’écho d’une guerre mal apaisée et le bruit des attentats renouvelés. Tandis que l’exposition déploie ses merveilles, attirant tous les curieux de l’univers, la politique intérieure ou extérieure n’en reste pas moins laborieuse, quelquefois troublée et obscure. Depuis quelques jours, la politique se résume particulièrement dans trois faits saillans et caractéristiques. Nos chambres viennent de quitter Versailles après avoir bataillé jusqu’au bout dans une certaine confusion, et, si cette séparation nécessaire a l’avantage de laisser au gouvernement quelques mois de repos, il est malheureusement vrai que ce n’est là qu’une trêve parlementaire déguisant à peine des querelles intestines qui ne sont sans doute qu’ajournées. Au même instant, un congrès se réunit définitivement à Berlin pour trancher la plus grande question internationale, pour décider de la guerre ou de la paix, et, par une fatalité singulière, cette souveraine délibération de la diplomatie s’ouvre sous des