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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/946

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ligue'', le 22 janvier 1593, réveilla enfin le patriotisme du parlement. Philippe II, qui avait épousé Elisabeth, fille de Henri II, fit réclamer, dans ces prétendus états, la couronne de France pour sa fille Isabelle, au nom des droits de sa mère, sous prétexte de défendre le catholicisme. Cette proposition ne tendait à rien moins qu’à faire de la France une annexe de l’Espagne el de l’empire. Le parlement vit le danger et le conjura par l’interprétation fautive de cette phrase du code des Francs Saliens : « de terra salica nulla portio hereditatis mulieri reniat, sed ad vivilem sexum terra salira reniat. Il n’était nullement question dans cette phrase du droit héréditaire de la royauté; mais on traduisit par royaume les mots terra salica qui s’appliquaient exclusivement à la propriété libre et patrimoniale des Francs. C’est à l’aide de ce contre-sens que les états-généraux avaient repoussé en 1328 les prétentions d’Edouard III d’Angleterre, qui réclamait la couronne de France, comme petit-fils de Philippe IV par sa mère Isabelle ; c’est encore à l’aide de ce contre-sens que le parlement repoussa en 1593 les prétentions du roi d’Espagne. La puissance du droit est si forte, même dans les révolutions, qu’il a suffi de rendre un arrêt au nom de cette loi imaginaire pour rétablir l’ordre et la paix dans le royaume. L’année suivante, Henri IV entrait dans la capitale. Il faisait déchirer sur les registres du Palais de Justice tous les actes qui rappelaient les troubles publics, et déclarait qu’il devait sa couronne « à ses bonnets quarrés. »

On vit alors se produire un fait qui, dans tous les temps y compris le nôtre, s’est renouvelé trop souvent au milieu de nos discordes civiles; les curés de Paris, qui pendant la ligue eussent volontiers arquebuse le Béarnais, s’empressèrent de chanter le Te Deum. Les partisans des Seize demandèrent des pensions, et le parlement, en grand appareil, alla faire « la révérence à Gabrielle. » Il crut cependant qu’il était de sa dignité de manifester encore de temps à autre un certain esprit d’opposition, pour prouver qu’il ne se soumettait pas sans réserve à l’omnipotence de la couronne, dont Henri IV avait ressaisi et fortifié les prérogatives. Lors de la prise d’Amiens par les Espagnols, il refusa d’enregistrer les édits portant création d’impôts pour le siège de cette ville, el le roi lui fit sentir avec esprit et sans colère qu’il avait fait fausse route : « Vous parlez, lui dit-il, du besoin de l’état, le plus pressant besoin est de chasser les ennemis. Vous m’avez par vos longueurs tenu ici trois mois, vous verrez le tort que vous avez fait à mes affaires. Vous faites de beaux discours, et puis après vous allez vous chauffer, » Les beaux discours recommencèrent à propos de l’édit de Nantes, car le parlement en cessant d’être ligueur était resté