Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/939

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

des pairs, se rendait dans la grand’chambre et tenait un lit de justice. Devant cette manifestation pacifique de la force, il ne s’agissait plus de discuter, mais de se soumettre. Le greffier lisait les édits, le procureur-général prenait des conclusions, et le chancelier ordonnait l’enregistrement. Cette procédure avait l’avantage de donner au roi le temps de réfléchir, de peser les objections, d’améliorer ses ordonnances, au parlement le moyen de faire entendre ce qu’il croyait la vérité sans briser ouvertement avec le souverain, et il pouvait dire « qu’il ne laissait jamais affaiblir son autorité légitime, qu’il faisait pour le bien public tout ce que sa conscience lui commandait de faire, mais que sa sagesse savait toujours s’arrêter à temps devant les ordres de la couronne. »

Malgré le formalisme minutieux qui avait pour but d’amortir les chocs, les deux pouvoirs étaient prompts à s’emporter à des mesures extrêmes. Le parlement se vengeait des lits de justice en cassant les arrêts du conseil du roi, en suspendant ses fonctions de judicature, sans s’inquiéter du préjudice que cette grève, comme on dirait aujourd’hui, causait au public par l’ajournement indéfini de tous les procès; quelquefois même il décrétait de prise de corps les agens du gouvernement. Les rois, pour le punir, envoyaient à la Bastille quelques conseillers ou présidens, ils l’exilaient en masse à Pontoise, à Soissons, à Blois, ou le forçaient à capituler, en le prenant par la famine, c’est-à-dire en réduisant le tarif des épices qui formaient le plus clair de son revenu ou en diminuant d’un tiers ou de moitié les gages qui représentaient l’intérêt du capital versé pour l’acquisition des charges.

L’opposition du parlement a grandi en raison directe des progrès du pouvoir personnel : lorsque les états n’ont plus été réunis qu’à de longs intervalles, pour disparaître sous Louis XIII, il a voulu prendre leur place, mais, tout en s’appuyant sur les mêmes principes, il a marché dans des voies différentes. Les états-généraux embrassaient dans leurs doléances et leurs vœux l’ensemble des institutions politiques et sociales ; ils signalaient théoriquement les réformes qu’ils jugeaient nécessaires et, sauf le vote des impôts qui les ramenait aux réalités du présent, ils parlaient toujours au nom de l’avenir. Le parlement au contraire n’exerçait son action que sur des faits particuliers au moment même où ils venaient de s’accomplir. Il n’a jamais songé à tracer au gouvernement sa marche future, et s’est borné à contrôler ses actes, et à leur opposer son veto, en lui rappelant l’antique formule : Fit lex consensu populi et constitutione regis. La permanence et la nature de ses fonctions lui donnaient sur les états un grand avantage, car il était toujours à son poste de combat, et, quand il faisait des remontrances, il les