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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/875

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isolés les uns des autres pour rester indépendans, ils pouvaient pourtant échanger leurs produits et recevoir par la mer les influences civilisatrices des peuples orientaux. C’est à ces circonstances que l’Attique et l’Argolide, pour n’en pas citer d’autres, ont dû leur rapide accroissement. L’une et l’autre, la seconde surtout, ouvraient leurs ports aux trirèmes phéniciennes, et Hérodote nous montre Argos comme le plus ancien marché où Phéniciens et Hellènes commencèrent à se mêler. Mais, si les origines furent les mêmes, bien différent fut le développement des deux pays. Aujourd’hui encore, quelle opposition entre les ruines de la plaine du Céphise et celles de la vallée de l’Inachus ! quel contraste entre les impressions que l’on y ressent ! Athènes représente le génie hellénique dans toute sa fleur : on y vit au milieu des souvenirs de Platon, de Périclès et de Sophocle, en parcourant les jardins d’Académus ou la vaste esplanade qui s’étend devant la tribune du Pnyx, ou le théâtre merveilleux où l’on jouait les chefs-d’œuvre de la tragédie antique. L’acropole se dresse fièrement au-dessus de la plaine, couverte de ces monumens du siècle de Périclès qui sont une des gloires de l’humanité entière autant que de la Grèce. Et tout, jusqu’aux contours harmonieux des montagnes, paraît s’être concerté pour servir de cadre à ce roc aux puissantes arêtes, splendide piédestal fourni par la nature au plus admirable monument du génie des hommes : le Parthénon ! — En arrivant dans la plaine d’Argos, tout change. Ce n’est plus la Grèce classique, la Grèce de Sophocle, de Périclès, d’Aristophane, c’est la Grèce primitive chantée par les vieux aèdes, la Grèce héroïque que l’on voit revivre. Il y a même je ne sais quelle âpreté et quelle rudesse dans cette plaine pierreuse, environnée de sombres montagnes : c’est bien le cadre qui convient aux vieilles forteresses pélasgiques que nous allons visiter.

Argos n’est pas au bord de la mer : Nauplie lui servait de port dans l’antiquité comme de nos jours. Aujourd’hui une voie carrossable, chose rare en ce pays, unit les deux villes, en passant près des ruines de Tirynthe, la plus ancienne citadelle de la Grèce héroïque.

Un mamelon de roc surgit au milieu des terrains d’alluvions fluviaux et maritimes à la fois qui confinent au golfe d’Argos : de forme ovale, long d’environ trois cents mètres, et large de soixante à quatre-vingts, il était d’autant mieux approprié à devenir le siége d’une ville, qu’autrefois la mer venait en baigner la base. C’est là que fut fondée Tirynthe, dont la puissante enceinte, suivant les sinuosités du rocher, a survécu par sa propre masse aux nombreuses causes de destruction qui depuis plus de trois mille ans ont sévi contre elle. On ne