Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/863

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

ordre de franchir la Seine, et de se porter en toute hâte à la porte du Point-du-Jour ; au lieutenant-colonel Mallat du 37e commandant les gardes de tranchée, ordre de mettre en mouvement tous les hommes dont il peut disposer, d’entrer dans la place et de s’y maintenir; à tout le 4e corps, ordre de marcher sur le Point-du-Jour et la porte de Saint-Cloud. Ceci fait, il prévient le maréchal Mac-Mahon qu’il vient de forcer l’enceinte et qu’il va manœuvrer dans Paris même, où l’on ne devait tenter de pénétrer que le mardi 23 mai. Le général Douay partit alors de sa personne, et l’on peut croire que son cheval avait chaud, lorsqu’il arriva devant la porte de Saint-Cloud. Ses ordres avaient été ponctuellement exécutés. Le capitaine du génie Garnier avait le premier franchi la porte avec deux compagnies du 37e une escouade de sapeurs et quelques artilleurs portant ou traînant des mortiers de campagne ; le commandant Louis, de l’artillerie, avait amené du canon; le lieutenant-colonel Mallat, avec les soldats du 37e et du 91e se massait de façon à pouvoir repousser un retour offensif des fédérés. Pendant quelques instans, on fut un peu « en l’air. » Mais la brigade Gandil débuchait par l’avenue de Saint-Cloud, le général Douay était arrivé; tout allait bien, et l’on put crier : Ville prise! Si à ce moment une division ou seulement une brigade, précédée d’un régiment de cavalerie, s’était résolument jetée dans Paris « par les quais et par les boulevards totalement vierges de barricades, d’un seul bond, sans tirer un coup de fusil, elle étranglait la commune. » Cette appréciation n’est pas de moi, elle est de M. Lissagaray, le plus sérieux apologiste de la commune, et je l’ai déjà citée. Elle est d’une exactitude absolue; un mouvement rapide, s’il eût été stratégiquement possible, opéré dans la soirée du dimanche 21 mai, eût permis à l’armée française de camper la nuit même dans l’Hôtel de Ville et de pousser ses grand’gardes jusqu’à la place de la Bastille ; il n’est pas un chef de la commune qui ne le sache, il n’en est pas un qui ne l’ait avoué ; mais les dieux ne le voulurent pas, et Paris fut brûlé.


XIII. — LES DERNIÈRES RÉQUISITIONS.

Ce fut le lundi 22 mai dans la matinée que la Banque apprit l’entrée de l’armée française dans Paris; il avait fallu dix-sept heures pour y faire pénétrer les 135,000 hommes avec lesquels on allait livrer la bataille suprême. On se doutait encore si peu des graves événemens de la veille que l’équipe des trente maçons occupée à la reconstruction de la Banque y était arrivée à l’heure réglementaire et y avait repris son travail. M. de Plœuc, mû par un pressentiment confus d’une action militaire prochaine, avait quitté