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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/802

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intermédiaire, et, mêlant habilement les textes mêmes au récit, tantôt il raconte lui-même, tantôt il laisse la parole au personnage qui a joué le rôle capital. Par ce moyen, l’historien a le droit de choisir seulement les pièces essentielles parmi ces innombrables matériaux que l’histoire charrie avec elle. C’est cette dernière méthode qu’a adoptée M. Valfrey, et nous l’en approuvons. C’est celle en effet qui, sans être trop aride pour le lecteur, lui permettra le mieux de saisir sur le vif la diplomatie française au XVIIe siècle et l’un de ses représentans les plus accomplis. M. Valfrey mérite donc les plus grands éloges et pour le choix de son sujet et pour le choix de sa méthode. Il est allé tout droit au personnage dont la carrière diplomatique est la plus brillante et la plus vaste, et il a adopté dans sa composition le procédé le plus propre à le mettre en plein jour. Mais M. Valfrey nous semble avoir été moins heureux dans la disposition de son œuvre. Consacrer, comme il le fait, tout un volume à deux missions insignifiantes en Italie, n’est-ce point trop? N’a-t-il pas raconté ces négociations relativement secondaires avec de trop longs développemens? Ne se condamne-t-il pas ainsi ou à une publication démesurément longue, ou à une œuvre disproportionnée? Si en effet un volume lui a paru nécessaire pour deux missions qui n’engagèrent en rien le sort de l’Europe, ne lui en faudra-t-il pas plus de dix pour raconter le traité des Pyrénées, la formation de la ligue du Rhin, et ce ministère de dix années, le plus rempli, le plus surchargé de négociations qui soit dans nos annales?

L’introduction qui précède le récit abonde en choses curieuses, mais manque de bien des choses nécessaires. Après l’avoir lue, on connaît un peu mieux Lionne, ce qui n’est pas surprenant dans un pays où les historiens eux-mêmes ne paraissaient pas du tout le connaître, mais on n’a pas encore de lui une idée suffisamment nette : ni sa part directe dans l’œuvre accomplie avec Louis XIV n’est démêlée, ni ses procédés de travail ne sont indiqués, ni son action personnelle révélée. Le caractère de l’homme, son portrait physique, ses sentimens, rien de tout cela ne se trouve dans cette étude préliminaire, qu’il aurait fallu à la fois rendre plus vivante et plus élevée. L’auteur s’y est abstenu de toute considération sur ce qui caractérise la diplomatie française au XVIIe siècle, de tout rapprochement avec les périodes qui ont précédé l’intervention de Lionne, de toute vue d’ensemble sur les causes de l’agrandissement de la France. Nous souhaitons qu’il répare plus tard cet oubli et qu’il introduise mieux ses lecteurs au cœur des grands débats qu’il lui reste à exposer. Il ne suffit pas de séparer les négociations d’après leur nature et de les classer selon leur importance ; il faut encore marquer leur part dans le dessein commun, il ne suffit pas