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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/793

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et d’agir avec promptitude et résolution, Lionne se montra à la hauteur de sa tâche et fit preuve de la plus rare fertilité dans les expédiens, de la plus heureuse souplesse dans l’emploi des ressorts les plus ingénieux. Les traités de Westphalie avaient été violés par l’empereur; l’organisation du corps germanique avait été menacée par la formation de deux ligues particulières, bien que tendant au même but. Lionne réussit à parer ces deux dangers et à les écarter pour l’avenir. Il lia le nouvel empereur Léopold par une capitulation des plus rassurantes pour la France, et des deux ligues isolées il parvint à former contre l’empereur une ligue générale. A peu de temps d’intervalle et dans le même lieu, à Francfort, Léopold jura de respecter les traités de Westphalie, de restituer au duc de Savoie, dès lors le protégé de la France, le Montferrat et le vicariat de l’empire, enfin de ne pas secourir les Espagnols. Bien plus il s’engagea à se laisser déposer par le collège électoral s’il manquait à ces diverses promesses. Quant aux deux ligues catholique et protestante, elles se fondirent en une seule sous l’action pressante de Lionne, et le 14 août 1658 fut conclue, entre les quatre électeurs de Mayence, de Cologne, de Trêves et de Bavière, le roi de Suède, les ducs de Brunswick et de Lunebourg et le landgrave de Hesse-Cassel, une étroite alliance dans laquelle entra Louis XIV. Rien de ce qui pouvait la rendre efficace ne fut omis par Lionne. La part contributive de chaque allié, la nomination d’un directoire, le lieu de sa résidence, le choix du généralissime des troupes, tout fut prévu et réglé, et, comme à ce traité d’alliance accédèrent successivement les comtes de Waldeck, le landgrave de Hesse-Darmstadt, le duc de Wurtemberg, l’évêque de Bâle, l’électeur de Brandebourg, l’évêque de Strasbourg, les marquis d’Anspach et de Culmbach, Louis XIV devint le chef réel de l’empire d’Allemagne. Trésorier de tous les princes nécessiteux, il avait fait d’eux ses pensionnaires, mais il eut le soin de ne jamais faire sentir trop lourdement le joug. Il mit, ainsi que Lionne, une attention extrême à dissimuler son intervention, bien qu’elle fût incessante, et pour cela à prévenir les divisions afin de n’avoir pas à les terminer. Quand, malgré lui, elles éclataient entre ses alliés, il intervenait avec discrétion et rapprochait les adversaires sans les froisser. Il n’est pas une principauté d’Allemagne qui n’ait alors ressenti les effets salutaires de l’action de Lionne. Lorsque les difficultés étaient trop grandes, c’est chez ce ministre lui-même, soit à Fontainebleau, soit à Saint-Germain, qu’elles étaient aplanies. Lionne, durant tout son ministère, protégea la ligue du Rhin, en étendit les cadres, en maintint l’esprit, en prolongea la durée, et il consolida ainsi l’œuvre qu’il avait si heureusement accomplie à Francfort.