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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/777

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LA
DIPLOMATIE FRANÇAISE
AU MILIEU DU XVIIe SIÈCLE

HUGUES DE LIONNE.

Quelque légitime admiration que l’on ressente pour l’ordre nouveau inauguré en 1789, il convient de se garder contre l’âpreté des jugemens et l’ingratitude de l’oubli à l’égard de cette royauté qui, durant plusieurs siècles, cédant à des nécessités autant qu’obéissant à des desseins, accomplit ce long travail préparatoire dont elle ne calcula pas toujours la portée, dont elle ne prévit point l’issue, mais qui devait fatalement, par l’unité du territoire et l’unité de pouvoir, aboutir au grand changement opéré par la révolution. Assurément la principale gloire dont nous devions nous enorgueillir est celle qui a été recueillie en 1789, car il n’est pas de plus sublime spectacle que celui d’une nation fortement unie pour obtenir son organisation sociale et conquérir ses libertés ; mais à qui devons-nous d’avoir été dès ce moment un état puissant, homogène, capable de s’élancer vers des destinées nouvelles? A qui devons-nous de n’avoir pas été alors une fédération comme l’est encore l’Autriche? une nation morcelée et opprimée sous dix maîtres divers comme l’était il y a vingt ans l’Italie? Si la France, en 1789, ne s’était pas trouvée territorialement formée, l’esprit nouveau aurait peut-être surgi ; mais, se manifestant par des aspirations différentes