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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/697

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mieux serait de résoudre dès à présent et définitivement une question qui a été parfaitement étudiée, qui est tout à fait mûre, et au sujet de laquelle il ne peut y avoir que préjudice à attendre. Mais, si on ne va pas jusque-là, il faut au moins garder la situation dans laquelle nous sommes, et continuer à interdire la fabrication de l’argent, ce qui est un point essentiel pour sauvegarder l’avenir. La conférence que proposent les États-Unis, si elle se réunissait, n’aurait qu’une bien courte existence, c’est à peine si elle pourrait arriver à l’enfance, healthy infancy, comme disait dernièrement une grande autorité en Angleterre. On sentirait dès les premiers momens qu’il n’y a rien à faire dans l’ordre d’idées où se placent les Américains. Et malgré tout le désir que l’on a de leur être agréable, on ne peut pas cependant s’exposer à jouer un rôle ridicule et travailler à une œuvre impossible.

Ah! si les Américains, mieux inspirés, moins aveuglés par leurs intérêts, nous proposaient de reprendre la suite de la conférence internationale de 1867 qu’avait si bien dirigée et préparée M. de Parieu, ce serait à merveille, et nous pourrions leur prêter notre concours. Cette conférence de 1867 s’était prononcée pour l’étalon d’or unique, et avait pensé que sur cette base on pourrait établir une monnaie universelle : les uns indiquant leur préférence pour la pièce de 25 francs, d’autres pour celle de 10 francs, d’autres encore, en très petit nombre, demandant qu’on prît le gramme comme unité monétaire; mais il n’était venu à l’esprit de personne que la monnaie universelle pourrait également se faire avec le double étalon. Cette idée devait appartenir à l’honorable M. Cernuschi. Pour cela, il faudrait d’abord qu’on réhabilitât l’argent, qu’on lui donnât la valeur qu’il avait autrefois par rapport à l’or, qu’on décrétât le 15 1/2 universel, comme le demande l’auteur de l’idée. Ceci fait, on prendrait pour type de l’argent la pièce de 5 francs de notre pays et pour type de l’or la livre sterling anglaise. Nous aurions à refondre toutes nos pièces de 10 et de 20 francs pour en faire des livres sterling. Les Anglais frapperaient des pièces de 4 shillings exactement semblables à nos pièces dg 5 francs, et quant aux Américains, ils refondraient également leurs dollars d’argent et leurs dollars d’or actuels pour en faire des pièces de 5 francs françaises et des livres sterling anglaises, et le problème serait résolu. Il est vrai que dans ce projet on ne s’occupe pas de l’Allemagne et des autres états de l’Europe, de minimis non curât prœtor. On pense qu’une fois l’unité monétaire établie entre l’Angleterre, les États-Unis et l’union latine, elle aurait une telle force d’attraction que les autres états seraient bien obligés de s’y rallier. Voilà le système de M. Cernuschi; non-seulement il réhabilite l’argent, mais il lui