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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/694

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et qui invitait ses semblables à se débarrasser aussi « d’un poids inutile. »

En prenant l’argent pour étalon monétaire, l’Union américaine a rétabli l’ancien rapport qu’il avait avec l’or, celui de 1 à 16; elle lui donne ainsi un peu moins de valeur qu’il n’en a en Europe, où le rapport est généralement de 1 à 15 1/2; mais, comme le rapport vrai au cours actuel est de 1 à 17, la perte est encore de 6 ou 7 pour 100. Et puis, qu’est-ce que le rapport d’aujourd’hui? Ce ne sera peut-être plus celui de demain, il variera sans cesse ! On ne peut rien établir de stable à cet égard, pas plus qu’on ne peut fixer par la loi le prix d’une marchandise par rapport à une autre, et déclarer par exemple qu’un mouton vaudra toujours le 12e ou le 15e d’un bœuf. On dira peut-être que le problème a été résolu en fait pendant plus de soixante-dix ans, depuis la loi de germinal an ii. C’est une grave erreur, comme l’a très bien démontré M. de Parieu dans ses excellons travaux sur la question. Jamais le rapport fixé par la loi n’a été absolument exact, jamais les deux métaux n’ont été admis concurremment, et il y en a toujours eu un qui a prédominé sur l’autre dans la circulation, tantôt l’argent, tantôt l’or, et toujours celui qui n’avait pas dans le moment la valeur qui lui était attribuée par la loi. Seulement, les différences étaient moins sensibles qu’elles le sont devenues depuis. Il s’agissait tout au plus autrefois d’un écart de 1 à 2 pour 100 au maximum, et cela suffisait pour bannir le métal le plus cher. Aujourd’hui l’écart est de 9 à 10 pour 100, l’argent a même perdu un instant jusqu’à 20 pour 100 ; et c’est dans cette situation qu’on voudrait essayer de fixer un rapport légal de valeur entre les deux métaux! l’œuvre est insensée. On ne se rend pas assez compte des motifs qui déterminent cet écart. La volonté de tous les législateurs du monde serait impuissante à l’empêcher; il tient à la force des choses, à ce que, l’un des deux métaux étant devenu plus nécessaire que l’autre, il est par cela même plus recherché.

Un de nos compatriotes, l’honorable M. Cernuschi, qu’on a appelé assez spirituellement «le pontife du bimétallisme,» a traversé l’Atlantique pour aller prêcher aux États-Unis la croisade du 15 1/2 universel. Il a déclaré que, si tous les états s’entendaient pour reprendre le double étalon en maintenant entre l’or et l’argent le même rapport qu’autrefois, celui de 1 à 15 1/2, le problème serait résolu et que l’argent, si injustement déprécié, reviendrait immédiatement au pair avec l’or. Ce sont les monométallistes, a-t-il dit, les partisans de l’étalon d’or unique, qui sont la cause de tous les maux. Ce sont eux qui ont amené la dépréciation de l’argent : qu’on répudie leurs doctrines, et tous les embarras vont disparaître.