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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/691

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De plus, on a déjà pu voir que toutes les valeurs mobilières, la dette fédérale, les actions et obligations de toute nature, avaient baissé en proportion de la dépréciation de ce métal. Le 5 pour 100 américain, qui était à 108 et 109 avant le vote du Bland-bill, est tombé à 102 et 103 ; c’est un grand trouble pour la fortune publique et une certaine atteinte portée au crédit des États-Unis. Ce n’est pas tout, les difficultés intérieures ne sont qu’un des côtés de la question et peut-être le moindre; l’Union américaine, quels que soient l’aveuglement et la passion qui l’ont fait agir, sent très bien que, pour donner au Bland-bill une véritable sanction, pour en rendre l’exécution moins préjudiciable pour elle, il faudrait qu’elle s’entendit avec les principaux états commerçans de l’Europe, et qu’eux aussi reprissent l’étalon d’argent. C’est pourquoi on a fait insérer à la suite du bill la clause suivante : « Aussitôt après le vote de la loi, le président des États-Unis invitera les puissances de l’union latine et autres nations qu’il jugera opportun à entrer en conférence pour l’adoption d’un rapport constant entre l’or et l’argent, en vue de donner à l’usage de la monnaie bimétallique un caractère national, et d’assurer la fixité du rapport de valeur entre les deux métaux. » En effet, il y a eu une circulaire d’envoyée par le secrétaire d’état des États-Unis, et qui a été adressée particulièrement à l’union latine pour lui demander de se concerter sur la question à Paris, à l’occasion de l’exposition universelle. Il est dit dans cette circulaire qu’aussitôt qu’on aura l’adhésion de trois puissances, la conférence pourra se constituer et délibérer. On a même déjà nommé deux délégués aux appointemens de 2,500 dollars par mois, qu’ils toucheront pendant tout le temps de leur séjour au dehors.

Que va répondre l’union latine à cette invitation ? Nous ne le savons pas. Mais, si elle s’inspire de ses véritables intérêts, et si elle prend en considération les tendances actuelles de l’Europe, elle refusera de s’y rendre, car il n’en peut rien sortir d’utile. Quoi ! c’est au moment où toutes les nations de l’Europe vont à l’étalon d’or comme on va vers un progrès nécessaire, où, après l’Angleterre, l’Allemagne, les états Scandinaves, on voit s’y rallier la Hollande, l’Autriche, l’Espagne, où enfin ce qu’on appelle l’union latine elle-même, sans avoir répudié le double étalon en principe, l’a cependant répudié en fait, puisque depuis deux ans on ne frappe plus de monnaie d’argent dans le principal des états de cette union, c’est-à-dire en France, c’est à ce moment que l’on convoque l’Europe pour lui demander de revenir en arrière, de tourner le dos au progrès pour la plus grande satisfaction des intérêts américains! En vérité, l’invitation est un peu naïve, ou bien présomptueuse.