Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/688

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


appelle aujourd’hui. Non-seulement les états de l’ouest ne seraient pas plus riches, mais l’exigibilité des paiemens en or allait rendre leur situation beaucoup plus malheureuse et produire un abaissement de prix de toutes les marchandises qu’on aurait à vendre : tout cela pour favoriser les gens de l’est. Les états du sud n’étaient pas non plus sans faire entendre leur voix. On avait répudié complètement leur dette après la guerre de sécession et on les laissait sous le poids de celle qu’avaient contractée leurs adversaires pour les écraser. C’était pour payer les intérêts de cette dette qu’on les accablait d’impôts, ils se plaignaient tout naturellement, et leur concours était acquis à tout ce qui pouvait diminuer le fardeau des charges qui pesaient sur eux. Ils auraient admis volontiers que l’on restât avec le papier-monnaie non remboursable, qu’on s’en servît surtout pour payer les intérêts de la dette américaine, dont la plus grosse partie était entre les mains des gens du nord ou de l’étranger; mais cela était difficile à obtenir, et ils étaient ralliés d’avance à tout ce qui avait pour effet d’atténuer en leur faveur les conséquences de la reprise des paiemens. Enfin, comme en Amérique les intérêts des personnes jouent aussi un certain rôle, même au sein du parlement, il s’est trouvé dans ce parlement des propriétaires de mines d’argent qui ont fait toute la propagande possible pour le retour au double étalon. De là est né ce qu’on a appelé le Bland-bill, c’est-à-dire une proposition demandant que l’argent fût repris comme monnaie principale à l’égal de l’or, et à ceux qui venaient combattre sa proposition, l’auteur du bill, M. Bland, disait : « Vous ferez bien de l’admettre, car autrement vous risquez de voir vos obligations payées en greenbacks, peut-être même passera-t-on l’éponge dessus. » En effet quelque temps auparavant, à une époque où les billets perdaient encore 25 pour 100, on avait proposé de payer en papier les porteurs des obligations fédérales.

Ce bill, aussitôt qu’il fut présenté, passionna beaucoup l’Amérique. Tout le monde n’était pas du même avis. A côté de ceux qui en prenaient aisément leur parti, et qui avaient même intérêt à le voir réussir, il y en avait d’autres qui étaient préoccupés des conséquences fâcheuses qu’il pourrait avoir pour le crédit de leur pays. Cela leur paraissait être un manque de foi des mieux caractérisés. Tous les prêts qui avaient été faits depuis 1873, tous les engagemens qui avaient été pris, l’avaient été dans l’idée que la reprise des paiemens se ferait en or, et voilà qu’on allait mettre à côté de l’or, comme moyen de libération, un métal qui perdait environ 10 pour 100. C’était diminuer d’autant la valeur des engagemens et porter préjudice à ceux au profit de qui ils avaient été souscrits.