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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/654

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habituelle. L’Almanach royal de 1758 nous apprend que les diligences partent de Paris pour Lyon de deux jours en deux jours, et qu’elles font le trajet l’hiver en six jours, l’été en cinq jours. « Elles contiennent huit personnes, et elles sont à présent suspendues sur des ressorts qui les rendent aussi douces que les chaises de poste et les berlines, ainsi qu’en conviennent ceux qui les ont éprouvées. » Les guimbardes, destinées au transport de gros ballots, « comme effets de MM. les ambassadeurs et négocians, » partent les mercredis et samedis et se rendent à Lyon en toutes saisons en dix jours. La durée du trajet semble indiquer que l’on s’arrêtait chaque soir. Il est probable qu’il y eut vers cette époque de grandes améliorations, comme semblent l’indiquer tous les nouveaux termes de carrosserie, — coches, guimbardes, gondoles, guinguettes, berlines, — qui se remplacent l’un l’autre et se condamnent l’un après l’autre au ridicule et à l’oubli.


IIL

Pendant une trentaine d’années à partir de 1787, la voirie fut en décadence; diverses causes y contribuaient. L’assemblée constituante eut la sagesse de maintenir le corps des ponts et chaussées et de ne modifier en rien le régime auquel les grands chemins étaient soumis. Les administrations départementales restèrent chargées de les entretenir ou d’en continuer la construction. Comme on le pense bien, les ressources étaient restreintes. Le peu que l’on fit ne se put exécuter que par le moyen d’avances que le trésor public accordait aux départemens. Sous le directoire, une loi établit, contrairement aux traditions, une taxe spéciale d’entretien sur ceux qui faisaient usage des routes. On est hostile aux péages en France. Cette taxe ne put durer; une autre loi y substitua l’impôt du sel, qui conserva cette affectation spéciale jusqu’en 1814. L’état avait d’abord repris à sa charge la dépense d’entretien de toutes les routes; un décret de 1811, dont les effets subsistent encore, rendit aux départemens celles de moindre importance, que l’on appela dès lors routes départementales.

En somme le premier empire est une période d’abandon pour les travaux d’utilité publique qui n’ont pas un intérêt militaire. Les statistiques révèlent, il est vrai, qu’il y eut beaucoup d’argent consacré soit à l’entretien, soit aux constructions neuves; mais les dépenses se réservaient, à peu d’exceptions près, pour les routes dont les armées avaient besoin ou bien pour des œuvres de grand luxe, comme les passages du Simplon ou du Mont-Cenis. Les chemins à l’usage de tout le monde étaient presque abandonnés. L’art de l’ingénieur ne faisait point de progrès. Les communications restaient lentes, comme avant la révolution. L’Almanach impérial