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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/565

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personne, ni lui, ni M. de Lisa, ni les membres du conseil de la Banque. Cette prudence, excessive en tout autre cas, était justifiée par les circonstances. En effet, si M. de Lisa avait été fouillé, en rentrant à Paris, par quelques-uns de ces fédérés qui ne se gê- naient guère alors pour visiter les portefeuilles et regarder dans les poches; si l'on eût trouvé sur lui une note ministérielle appro- bative, encourageant la Banque à ne se point refuser aux versemens que l'on exigeait d'elle, la commune, promptement instruite, se serait empressée de vider les caisses et les caves de l'hôtel La Vrillière, tout en mettant le messager sous les verrous comme inculpé de relations criminelles avec Versailles. Le ministre eut donc raison d'avoir quelque circonspection dans sa correspondance, mais franchement il en mit trop^ et le conseil dut bien peser tous ses mots pour dé- couvrir une approbation tacite dans des phrases aussi vagues que celles-ci : « Nous n'ignorons pas les déplorables difficultés au milieu desquelles vous vous trouvez et le gouvernement reste convaincu qu'en persistant dans la voie modérée que vous avez suivie jusqu'à ce jour, vous rendrez encore à la France et à son crédit tous les services compatibles avec l'état périlleux dans lequel vous vous trouvez et au milieu duquel vous êtes contraints d'agir. Le gouver- nement ne saurait donc trop vous encourager à persister dans les moyens employés par vous et qui, loin d'atténuer sa confiance dans votre direction sage et modérée, n'ont fait que la confirmer. »

Comme on le voit, c'était un simple encouragement mêlé à quelques complimens de condoléance; nul engagement, nulle pro- messe, et la Banque aurait pu se croire abandonnée à sa propre responsabilité, si M. de Lisa n'avait été expressément chargé d'une communication verbale pour le conseil. Il avait mission de dire que le ministre des finances entendait que l'état prendrait à sa charge les avances que la Banque se verrait contrainte de faire à la commune en dehors des 8,826,860 francs formant la totalité du crédit dispo- nible au compte de la ville de Paris, à la date du 18 mars 1871. Ceci était net, c'était un engagement formel consenti par un fonc- tionnaire de l'état ayant toute qualité pour conclure un contrat ; le sous-gouverneur, les régens, persuadés que jamais on ne pourrait élever d'objection contre la valeur du traité que le ministre des finances venait d'accepter au nom du gouvernement, s'applau- dirent d'avoir provoqué cette seconde réponse, et furent satisfaits. Ils allaient pouvoir, sans résister ouvertement à la force, continuer à discuter les demandes d'argent faites à la Banque et sauver celle-ci en entr'ouvrant quelquefois sa bourse pour apaiser les délégués et nourrir les dangereux fainéans déguisés en soldats qui vaguaient dans Paris. L'engagement pris par le ministre des finances et transmis au conseil de la Banque par M. de Lisa était d'autant