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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/536

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restauration et après la révolution de juillet, disciples abusés do Proudhon, inventeurs d'escargots sympathiques, comme Allix; créateurs de la religion fusonienne et enfans du règne de Dieu, comme Babick; « ca[)italistesfraternitaires, » comme Charles lîeslay; peintres infatué.'s de leur génie, comme Courbet. Il y avait de tout dans cette étroite chapelle où les cultes de la revendication sociale s'étaient donné rendez-vous ; j'y trouve un réfractaire, Jules Vallès, un écrivain de talent, Yermorel, un homme intelligent, Andiieu; j'y vois aussi Jourde et Varlin. Dans la majorité, il y eut du grabuge lorsque l'on s'aperçut que l'un de ses membres, qui se faisait appeler Blanchet, se nommait en réalité Pourille, avait été agent de police, capucin et banqueroutier, et lorsque l'on découvrit les lettres par lesquelles l^mile Clément s'oiïrait à servir la police secrète de l'empire. Si l'on eût bien cherché, m'est avis que l'on eût fait d'autres trouvailles analogues. Il n'y eut rien de semblable dans la minorité, car les méchans bruits qui ont couru sur Vermorel et sur Vallès paraissent ne reposer sur rien de sérieux. Tous, quoique diiïérant sur les moyens à employer, visaient au même but : rendre l'état propriétaire, par voie de confiscation, de toutes les grandes institutions de crédit, des chemins de fer, des compagnies d'assurance ; le faire le fabricant et le pourvoyeur universel ; monopoliser par lui la vente des denrées de nécessité première, comme on a monopolisé la vente des tabacs, abolir l'héritage et supprimer les impôts. Pour ces novateurs peu pratiques, les établissemens financiers devaient être non-seulement ménagés, mais protégés, car ils comptaient bien en faire le pivot de leur système économique, lorsqu'ils seraient devenus les chefs du gouvernemeni ; c'est à cela, en bonne partie, qu'il faut attribuer le salut de la Banque, du Crédit foncier, du Crédit mobilier, des compagnies d'assurance, car la majorité, se réservant la direction politique et militaire de la commune, avait, par une sorte de compensation consentie, abandonné la direction financière à la minorité, qui prétendait sur cet objet pouvoir appliquer des idées nouvelles. Aussi, lorsque la commune, se distribuant le travail gouvernemental, se divisa en commissions, elle prit sa commission des finances presque exclusivement dans la minorité; elle y ajouta Félix Pyat, sorte de putois de lettres qui, n'appartenant à aucun groupe, se glissait partout, afin de faire le plus de mal possible.

L'homme important de cette commission fut Jourde que la commune maintint au poste de délégué aux finances dont le comité central l'avait pourvu. Plusieurs fois, et pour des causes qui sont à son honneur, il donna sa démission, qui ne fut jamais acceptée. En effet, les gens de l'Hôtel de Ville étaient si particulièrement igno-