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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/53

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M. Camille Rousset a consacrés au XVIIIe siècle, l’un qui porte ce titre : la Correspondance de Louis XV et du maréchal de Noailles, l’autre intitulé simplement : le Comte de Gisors. Ce sont encore des études d’histoire militaire. Mis en goût par ses premières recherches, M. Camille Rousset continue de salle en salle l’exploration du riche dépôt qui lui a révélé un Louvois inconnu. Après les grandes guerres du règne de Louis XIV, quelles sont les luttes européennes du XVIIIe siècle ? Il y en a deux surtout, la guerre de la succession d’Autriche et la guerre de Sept ans. C’est à la guerre de la succession d’Autriche que se rapporte la correspondance de Louis XV et du maréchal de Noailles, c’est à la guerre de Sept ans qu’appartient la noble et touchante histoire du comte de Gisors. La première lettre du maréchal de Noailles à Louis XV est du mois d’octobre 1742, c’est-à-dire des premiers temps de cette lutte que termineront si glorieusement en 1748 les victoires de Maurice de Saxe. La plus importante parmi les dernières est celle du 28 mars 1756 où le vieux maréchal signale au roi les dangers de la guerre nouvelle qui se prépare et lui demande la permission de se renfermer dans la retraite à laquelle le condamnent ses infirmités. Au contraire, c’est dans cette guerre-là même, dans cette guerre de 1756, que le jeune comte de Gisors montra des qualités d’un ordre supérieur, c’est le 23 juin 1758, à la bataille de Crevelt, qu’il tomba frappé mortellement, après avoir conduit à travers l’infanterie hanovrienne l’héroïque charge des carabiniers. Ces deux livres contiennent donc une vive image de nos destinées militaires aux dernières heures de l’ancien régime. Ici, dans une ample et lumineuse introduction à la correspondance du vieux maréchal, là dans un récit très exact, très étudié, de la virile jeunesse du comte de Gisors, il excelle à peindre les transformations de l’armée, il nous initie aux secrets de l’administration guerrière, et, rattachant toutes ses recherches à une conclusion unique, il la résume en ces termes : « Nous avons essayé de montrer dans l’Histoire de Louvois comment se fait une bonne armée ; nous essayons de montrer dans ce livre comment une bonne armée se défait. »

Ajoutons que cette fois encore, comme dans son Histoire de Louvois, l’auteur ne néglige jamais de rattacher l’histoire générale, l’histoire sociale et politique, à l’histoire technique dont il s’occupe. Bien que tout semble dit sur Louis XV, il a su renouveler par des traits inattendus la physionomie du personnage. Le souverain qui a entretenu avec le maréchal de Noailles une correspondance si honorable pour l’un et pour l’autre, le roi qui a senti, qui a découvert et nommé chez le maréchal de Noailles la qualité maîtresse en l’appelant un vrai citoyen, n’a pas toujours été l’homme qu’on a vu si longtemps avilir le trône et préparer les catastrophes. Sa