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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/480

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contrée, Antinagoras, se la disputent, et le sort des enchères l’adjuge au premier, qui la livre au Pornion. Cependant la : jeune fille restera pure au milieu de la corruption ; elle saura demeurer intacte, pareille à la rose des buissons que pas une main ne cueille et que protégent ses épines. Tout à coup un nouveau naufrage jette Apollonius sur la côte de Mitylène ; il est en proie au chagrin ; il a fait serment de ne plus couper sa barbe ni ses cheveux. Sa femme, il la croit morte, et pourtant elle vit à Éphèse, elle y est prêtresse de Diane ; sa fille, il la croit morte et pourtant elle vit dans la même ville que lui, à Mitylène, où elle refuse obstinément de sacrifier à Vénus. Enfin, vaincu par les instances de ses amis et par les réjouissances publiques des fêtes de Neptune, il se laisse conduire et va prêter l’oreille aux chants d’une jeune fille dont les paroles sont des énigmes. Apollonius devine, comprend et s’écrie : « C’est mon sang, c’est Tarsia, c’est ma fille ! » Et tous deux ils partent pour Éphèse, où Diane conservait à Apollonius sa femme, et sa mère à Tarsia.

C’est au chapitre xxxv des Aventures d’Apollonius que se peuvent lire en latin les énigmes proposées par Tarsia à la sagacité ou plutôt à la tendresse de son père ; il les résout sur-le-champ, et elles lui servent à reconnaître son enfant, qu’il croyait morte depuis longtemps. Peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt de trouver ici le mot et la version française de ces quatorze énigmes :

Je marche dans la fange, et ma tunique pure
Sans ternir son éclat traverse la souillure :
Telle au sein d’un buisson, épineux bouclier,
Échappe à tous les doigts la fleur de l’églantier.
De toutes la plus noble, unique enfant d’un roi,
Mes yeux seraient sans pleurs et mon cœur sans effroi,
Si par un chemin sûr j’arrivais à connaître
De quels parens le ciel voulut me faire naître.
Un jour, ô doux espoir ! ce secret dévoilé
Comblera de bonheur mon esprit consolé.
Mais, toi, sèche tes pleurs et dissipe ta peine ;
Adresse au firmament une face sereine,
Et relève vers Dieu tes pensers abattus :
Celui qui nous créa, par des soins assidus
Nous garde et nous conduit ; il a vu tes alarmes,
Et ce n’est pas en vain que tu versas des larmes.
(Une enfant née à Tarse, ou Tarsia.)

Sur terre est un séjour où l’écho rebondit,
Le séjour à grand bruit lui-même retentit ;
Mais l’hôte en est muet ; pourtant avec vitesse
Et l’hôte et la maison s’acheminent sans cesse.
(La mer.)

De la rive profonde ami fidèle et tendre,
Je chante les neuf sœurs ; et je leur fais entendre