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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/48

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Ce qui l’enivrait, il a raison de le dire, citait la vérité même, la vérité précise, authentique, indéniable, la vérité revêtue des signatures les plus hautes et enregistrée dans les papiers d’état. Ces enivremens-là se concilient parfaitement avec une impartialité scrupuleuse. A pareille école, on apprend bien vite à tout dire. Ce ne sont pas toujours de grandes choses que révèlent ces documens du temps de Louis XIV ; à côté des opérations immortelles, il y a les mensonges et les fraudes. Sainte-Beuve, dans un article très juste sur cette Histoire de Louvois, a pris plaisir à montrer ces deux aspects du livre. D’un côté, appréciant les actes de ces tribunaux qui, sous le titre de chambres de réunions, complétaient à leur manière l’action de la diplomatie, il signale, d’après M. Camille Rousset, les finesses, les habiletés, et, il faut bien le dire quoi qu’il en coûte, les fraudes patriotiques de Louvois ; de l’autre, il met en relief l’annexion de Strasbourg, vrai chef-d’œuvre de politique et d’art, où l’ardent ministre sert si bien le pays sans faire tort à la justice. Sainte-Beuve a pris plaisir aussi à mettre en lumière la figure de Victor-Amédée, duc de Savoie, celui qui, avançant ou reculant tour à tour, ardent et rusé, opiniâtre et mobile, ou plutôt, poursuivant toujours le même dessein sous les formes les plus opposées, émule passionné de Guillaume d’Orange alors même qu’il se battait à la tête de nos armées, a causé les plus graves embarras à Louis XIV. Qui donc connaissait ce personnage étrange avant les révélations de M. Camille Rousset ? Le duc Victor-Amédée est désormais devant nous, non plus boutonné comme autrefois, mais percé à jour. Émerveillé lui aussi de ces « découvertes historiques au sein du règne de Louis XIV, » Sainte-Beuve nous dit sans marchander : « On y apprend du neuf à chaque pas, » et il se promet bien d’y revenir.

On ne peut lire, en effet, cette Histoire de Louvois sans éprouver le besoin d’y regarder de plus près, et d’en détacher soit des figures absolument inconnues, soit des épisodes appréciés à faux jusqu’ici et remis désormais dans leur vrai jour. Histoire militaire, histoire politique, histoire sociale même, tout est complété ou renouvelé par les découvertes de M. Camille Rousset. La guerre de dévolution, la guerre de Hollande, la guerre de la ligue d’Augsbourg, toutes ces campagnes si bien connues dans leur ensemble, nous sont racontées ici par un homme qui a tenu en main chaque rapport et qui suit tous les mouvemens sur l’échiquier des batailles. Mais ce n’est pas seulement la guerre qui est la grande préoccupation de Louvois ; comme l’ardent réformateur militaire a surtout en vue l’accroissement de la puissance française, il tient à employer toutes les armes, et la stratégie des négociations ne lui est pas plus étrangère que la préparation des luttes à coups de