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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/473

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économiquement le pays dans une voie sans issue, sur ce point, M. de Freycinet a donné des assurances qui ne seront pas oubliées ; il s’est engagé à ne pas faire de l’exploitation provisoire qui vient de lui être accordée « la plus définitive de nos institutions, » selon le mot spirituel de M. Buffet. L’écueil à éviter, c’est l’excès des engagemens financiers, l’entraînement des dépenses dans la voie où l’on fait le premier pas. Évidemment les meilleurs programmes d’entreprises publiques ne se réalisent pas à court terme. Ils dépendent de bien des circonstances, ils se lient à bien d’autres questions, et M. de Freycinet n’est pas seul dans le conseil. Il a auprès de lui son collègue de la guerre qui demande toujours beaucoup d’argent, son collègue de la marine qui redevient pressant, son collègue de l’instruction publique qui veut avoir des crédits pour les écoles ; il a dans son voisinage M. le ministre des affaires étrangères qui, lui aussi, pourrait bien dire son mot sans bruit, avec réserve, et il a enfin à ses côtés M. le ministre des finances qui, au milieu de tous, a son budget à défendre, l’intégrité des ressources nationales à sauvegarder. La meilleure politique est toujours celle qui essaie de concilier et de combiner tant d’intérêts divers.

Après tout, c’est là simplement ce que M. Bocher a voulu dire, lorsque, dans un discours d’une raison ferme et fine, il a cru devoir rappeler à M. de Freycinet, avec toute sorte de témoignages de sympathie, qu’il ne suffit pas de tracer de vastes programmes, de « faire grand, » qu’il vaut mieux procéder avec prudence, pour accomplir des choses durables sans s’exposer aux déceptions. M. le ministre des travaux publics le sait bien lui-même, et ici encore il a eu l’habileté de désarmer ou d’atténuer les inquiétudes en invoquant justement l’autorité de ses collègues et le contrôle des chambres, en montrant que l’exécution de ses projets dépend toujours du parlement qui peut proportionner ses votes aux nécessités nouvelles, aux ressources du moment. Chose bizarre pourtant, parce que M. Bocher a cru devoir mettre M. de Freycinet en garde contre le danger des exploitations de l’état et contre l’exagération des dépenses, parce qu’il a dit ce que le gouvernement ne conteste guère, ce que M. de Freycinet lui-même pense au fond, voilà M. Bocher transformé en ennemi de la république, en adversaire perfide des projets de M. le ministre des travaux publics. C’est un orléaniste qui vient sournoisement à la dernière heure pour essayer de dérober un succès à un ministre républicain, pour empêcher la république d’apparaître dans la splendeur de ses conceptions ! Ceux qui ont le moindre doute sur le rachat direct des chemins de fer, sur l’extension des monopoles administratif sur l’utilité des emprunts à l’heure qu’il est, veulent tout simplement entraver l’émancipation financière et économique de l’état, mettre en-échec la chambre des députés, — qui seule évidemment a le droit de tout décider et de tout trancher. M. le ministre des