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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/472

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Évidemment cette pensée, cette crainte a pesé jusqu’au bout sur la discussion du sénat, et en dehors même de cette difficulté pourtant si sérieuse, la question plus grave encore peut-être que toutes les autres est toujours celle des moyens d’exécution, des finances. On avait demandé, non sans raison, la jonction, l’examen simultané du rachat des chemins de fer et des mesures financières. De quelque façon qu’on s’arrange, qu’on examine les deux lois séparément ou simultanément, il faut toujours en revenir à la réalité inexorable, et la réalité c’est, en attendant mieux, un emprunt de 500 millions combiné de manière à être amorti en 75 ans ; c’est une annuité de 25 millions à inscrire dans ce budget de 1879 que M. Léon Say vient de présenter, qui est une œuvre faite avec soin, avec franchise, avec une entente ingénieuse de la situation du pays. Malheureusement, et M. Léon Say ne songe en aucune façon à le dissimuler, l’équilibre est précaire, laborieux, difficile à maintenir, et le moindre imprévu, éclatant tout à coup, peut l’altérer au détriment de tout ordre financier. La prévoyance de M. Thiers avait déposé dans le budget l’amortissement de la dette contractée avec la Banque de France pendant la guerre, et cet amortissement, qui touche à son terme, pouvait laisser une ressource disponible ; mais cette précieuse ressource est déjà plus qu’à demi absorbée d’avance par les dépenses qui se multiplient, et d’un autre côté on commence a demander de nouveaux dégrèvemens d’impôts pour l’année prochaine. On semble toujours vouloir résoudre ce problème de poursuivre des diminutions d’impôts et d’augmenter les dépenses ; aujourd’hui on inscrit une annuité de 25 millions de plus à côté d’une foule d’autres annuités dont M. le ministre des finances donne le fidèle détail et qui, en s’ajoutant sous des noms différens à la dette perpétuelle, finissent par constituer un ensemble d’intérêts assez formidable. C’est sur ce chiffre d’intérêts qu’il faudrait méditer avant de recourir à de nouveaux emprunts sous le coup de tous les genres d’imprévu qui peuvent mettre à l’épreuve la puissance économique et financière du pays.

Est-ce à dire qu’il n’y eût rien à faire et que les projets tout récemment soumis aux chambres ne soient qu’un programme chimérique, un acte de témérité aventureuse ? Non sans doute, M. de Freycinet n’a point cédé à l’esprit d’aventure cl de chimère ; il a fait son devoir de ministre sérieux en cherchant à liquider la situation désastreuse de certains chemins de fer et à remettre en mouvement cette grande industrie, en proposant un ensemble de travaux utiles, en donnant, dès son avènement au pouvoir, un signal d’activité. Il n’a pas craint de paraître hardi, il a voulu montrer du premier coup la carrière à parcourir. Soit, la carrière est ouverte par la loi récemment votée ; mais il y a des mirages à dissiper, des écueils à éviter. Le mirage, c’est cette idée d’un rachat indéfini des chemins de fer et de l’exploitation par l’état qui séduit certains esprits absolus, qui entraînerait politiquement et