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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/471

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soumis au chef de l’état, et qui embrassent à la fois les chemins de fer, les ports, les voies de navigation. Il a commencé par les chemins de fer, par cette loi qui consacre le rachat d’un certain nombre de lignes secondaires, Charentes, Vendée, Orléans-Châlons, etc., l’incorporation de ces lignes dans le réseau d’intérêt général et l’exploitation provisoire par l’état. C’est là tout le projet d’aujourd’hui, et ce projet n’est lui-même que la préface, l’introduction du plan plus vaste que M. le ministre des travaux publics se propose d’exécuter.

A dire vrai, la nécessité de sauver quelques-unes de ces lignes secondaires en détresse, de les empêcher de périr par la faillite et l’abandon, de compléter les travaux laissés en suspens, cette nécessité n’a pas été mise en doute ; elle est reconnue depuis quelques années, et M. de Freycinet ne fait que recueillir l’héritage des ministres qui l’ont précédé. On a pu discuter sur les conditions, sur les opérations arbitrales, sur les prix, on n’a pas contesté le principe d’un rachat devenu inévitable, pas plus qu’on n’a eu l’idée d’élever une objection contre le développement nécessaire des voies ferrées françaises. Théoriquement tout cela est admis. La difficulté n’était pas là, elle était dans ce qu’on pourrait appeler la question du lendemain. Ces lignes, qui sont l’objet de la loi nouvelle, une fois rachetées et remises à l’exploitation provisoire de l’état, que se propose de faire M. le ministre des travaux publics ? Des négociations ont été déjà engagées, notamment avec la compagnie d’Orléans, pour la rétrocession d’une partie de ces lignes rachetées, elles n’ont pu réussir, elles ont été abandonnées. Si on les reprend avec la pensée de réaliser un désir, manifesté dans la chambre des députés, d’imposer d’autorité des modifications de tarifs, elles réussiront, bien moins encore vraisemblablement ; mais alors l’exploitation provisoire de l’état risque fort de devenir l’exploitation définitive. L’état entre dans une voie toute nouvelle à l’égard des chemins de fer ; les conflits de tarifs commencent avec les grandes compagnies, et de proche en proche, après les rachats partiels, c’est à un rachat général qu’on marche presque fatalement. Or ce rachat général, ce n’est pas seulement une dépense colossale, c’est le monopole déjà formidable de l’état s’étendant à tous les transports, s’accroissant de milliers de fonctionnaires nouveaux, de tous les ressorts d’une administration gigantesque. C’était là ce qu’on entrevoyait ; c’est le point délicat sur lequel ont porté les contestations les plus vives, et si M. le ministre des travaux publics a triomphé de toutes les hésitations, de craintes parfaitement légitimes, c’est qu’en déclinant les amendemens qui ont été présentés il a désavoué pour son propre compte toute idée d’une exploitation définitive de l’état, toute, préméditation de rachat général. Ce n’est pas seulement en son propre nom, c’est au nom du gouvernement tout entier qu’il a fait cette déclaration qui reste une garantie.