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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/444

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conditions que comporte et de l’intérêt que peut offrir un art rajeuni, sinon nouveau. Mieux qu’aucun de ses émules, David a su être de son temps. C’est en raison de ce caractère tout moderne, de ces tentatives en rapport direct et en proportion avec nos mœurs, que, lui vivant, son talent a été si facilement et si généralement compris ; c’est là en outre ce qui devra le recommander auprès des générations à venir et lui assurer un crédit que ne réussiront pas à obtenir peut-être d’autres talens, aussi savans, plus savans même quelquefois dans les formes, mais au fond moins étroitement liés à l’histoire de notre époque et moins opportunément inspirés.


III

Des deux volumes dont se compose l’ouvrage publié par M. H. Jouin, le second est entièrement consacré aux opinions écrites, aux dissertations théoriques ou critiques, aux nombreuses notes de toute espèce que David a laissées sur l’art et les artistes des temps passés ou de son temps. D’autres écrits, que David avait à diverses époques insérés dans quelques journaux, ne figurent pas à côté de ces théories ou de ces jugemens. Il n’y a pas lieu de le regretter. Même sans discuter la valeur politique des idées que David a cru devoir parfois exprimer publiquement, on pourrait, au point de vue de l’histoire, contester la justesse de ses vues ou l’exactitude de ses informations, et dès lors l’éditeur des écrits du maître a bien fait d’écarter ceux qui lui paraissaient de nature à provoquer quelque objection de ce genre. Peut-être même aurait-il dû, dans son travail d’élimination, pousser le scrupule encore plus loin et s’abstenir sans regret de nous communiquer certains détails biographiques d’un intérêt tout au plus secondaire. Ainsi, était-il bien nécessaire de transcrire tel billet par lequel David s’excuse de ne point assister à un dîner chez le ministre de l’instruction publique, ou de nous mettre en tiers dans les confidences qu’il adresse à ses amis tantôt sur le mauvais état de sa santé, tantôt sur les difficultés toutes matérielles qui retardent l’achèvement ou la livraison d’un de ses ouvrages ?

Quoi qu’il en soit, et ces réserves une fois faites, il faut savoir gré à M. Jouin des documens authentiques qu’il nous a fournis sur les doctrines de l’artiste, ou, pour parler plus exactement, sur les aspirations de son esprit, sur les sentimens dont il subissait l’empire et auxquels il obéissait d’autant plus docilement qu’il les prenait pour des principes. Grâce aux pièces mises sous nos yeux et au classement méthodique qu’elles ont reçu, on peut facilement pénétrer dans le secret de cette imagination à la fois inquiète et