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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/416

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la confiance du vieux pontife et des âmes exaltées par ses enseignemens : Pie IX est mort sans voir la revanche de l’église, Léon XIII en sera témoin. La fameuse prophétie de Malachie ne dit-elle pas du successeur de Pie IX : lumen in cœlo, et le nouveau pape n’a-t-il pas dans ses armes une comète ? Et quand le triomphe ne serait pas pour Léon XIII, il serait pour son successeur, ou pour le successeur de son successeur, car aux yeux des saints le jour du triomphe est certain, et toutes les révélations annoncent qu’il est proche.

C’est une sorte de millénium qu’attend ainsi l’ultramontanisme avec une foi opiniâtre qui rappelle l’attente du second avènement du Christ aux premiers siècles de notre ère. Il est oiseux de se demander si cette confiance dans le triomphe temporel de l’église militante, si cette victoire terrestre d’une cause qui semblait ne devoir triompher qu’aux deux, est bien d’accord avec la tradition et l’esprit du christianisme. Cette croyance nouvelle a été l’âme et l’inspiration du long pontificat de Pie IX. Une telle foi explique comment le Vatican, jadis si renommé pour sa prudence et sa circonspection, jadis si politique, l’a été si peu dans les dernières années. En vérité, avec un tel dédain des faits et du réel, quand toutes les prévisions étaient fondées sur l’imprévu, quelle place restait à la politique ? Ce n’était guère qu’une stérile agitation ou un manque de foi. Si Pie IX a longtemps gardé près de lui un ministre qui, par ses qualités comme par ses défauts, n’était qu’un politique, Pie IX lui-même ne l’a jamais été. Rien ne lui ressemblait moins que le mondain et sceptique Antonelli. Pie IX, depuis ses déceptions de 1848, a toujours peu compté sur les hommes et les ressorts humains, il a toujours tout espéré d’en haut, attendant sans cesse les apôtres qui devaient arrêter le moderne Attila, ou les anges qui devaient chasser du temple le nouvel Héliodore. Le vénérable pontife et son entourage étaient en proie à une sorte de pieuse infatuation, qui leur faisait prendre plaisir à braver les événemens et l’histoire. Ce penchant à l’illuminisme, cette recrudescence du mysticisme, s’expliquent par les idées et les doctrines en vogue dans le sanctuaire durant ce pontificat de près d’un tiers de siècle. Il suffit d’un coup d’œil sur l’œuvre spirituelle et l’activité ecclésiastique de Pie IX, pour voir par quels sentiers étranges, sur quelles cimes vertigineuses le vieux pape a conduit l’église.


IV

A partir de 1848, le pontificat de Pie IX n’a été qu’une lutte implacable contre ce qu’on appelle l’esprit moderne. A. cet égard, Pie IX ne faisait que reprendre et pousser avec plus de vigueur une