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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/413

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liberté, et qu’à Rome ou ailleurs toute persécution ou toute apparence de persécution tournerait au profit du saint-siège. Rien ne contraignait Pie IX, rien n’oblige son successeur, à quitter l’abri du non possumus pour renoncer aux droits et prétentions du saint-siège. Par une soumission formelle aux faits accomplis, la papauté se donnerait un éclatant démenti sans être certaine de se donner une garantie de plus.

Au début de l’occupation de Rome, quelques Italiens espéraient que les nécessités matérielles amèneraient l’église à composition. On se flattait de prendre le Vatican par la famine, par l’argent : autre illusion et plus grossière que l’autre. La loi des garanties assure au saint-père une dotation de trois millions deux cent mille francs ; en vivant d’aumônes, la papauté touche trois ou quatre fois plus. Le plus magnifique traitement ne peut valoir pour le saint-siège les contributions volontaires des fidèles. Pie IX recevait des dons de tous les diocèses, on pourrait dire de toutes les paroisses du monde catholique. Les pèlerins ne l’abordaient qu’avec un plateau chargé d’or. A cet égard aussi, Pie IX a fondé une tradition : en tendant la main aux fidèles, il a inauguré une opulente dynastie de papes mendians. Sous ce rapport, la chute du pouvoir temporel a été éminemment favorable à la chaire de saint Pierre. A l’origine, ses états italiens lui avaient été donnés comme un moyen d’entretien plutôt encore que comme un moyen d’indépendance, mais dans les derniers temps les états de l’église ne manquaient pas moins à cette mission qu’à l’autre. De 1848 et surtout de 1860 à 1870, au lieu que ce fût le budget du souverain temporel qui subvînt aux dépenses du chef spirituel, c’était plutôt l’inverse ; c’étaient les revenus de source ecclésiastique qui soutenaient les finances obérées du petit état romain, l’administration et l’armée pontificales. En cessant d’être roi, le pape est redevenu riche. Sans lever d’impôts, sans recevoir de secours d’aucun gouvernement, Pie IX avait le moyen de payer leur traitement ou leur retraite aux anciens employés, aux anciens officiers de ses états. Ce chapitre de dépense, dernier legs du pouvoir temporel, diminue chaque année, pour bientôt disparaître. La papauté restera libre alors de disposer de toutes ses ressources au profit de l’église. En continuant à lever, grâce au denier de saint Pierre, une sorte de dîme sur le monde catholique, le saint-siège, exempt de toute charge temporelle, se trouvera mieux pourvu, mieux renté, qu’à aucune époque de l’histoire. Pie IX a déjà, dit-on, laissé à son successeur un capital considérable, une sorte de trésor de l’église, qui grossira de pape en pape. Il faut s’attendre à voir en moins d’un siècle la papauté, tombée à la charité publique, devenir un des