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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/402

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l’acclamaient la veille, il eût déjà pu répondre par un non possumus. Tous ses efforts, toute sa bonne volonté, tout son patriotisme personnel, n’avaient fait que manifester à tous les yeux l’impossibilité pour un pape d’être un souverain comme un autre maître de n’avoir pour règle de conduite que le bien de son état, que les aspirations de ses sujets. L’utopie guelfe s’était montrée irréalisable, ce n’était qu’une réminiscence du moyen âge déplacée dans notre civilisation, un reste suranné d’une époque de confusion entre les deux pouvoirs, entre les devoirs du prince et du prêtre, entre les droits de la crosse et de l’épée.

Il fallait que la désillusion fût complète pour la papauté comme pour Rome et l’Italie. Le pape ne pouvait être un souverain national : pouvait-il être un souverain constitutionnel ? Pie IX voulut continuer l’expérience en dépit de l’agitation révolutionnaire et du mécontentement de ses sujets, irrités du rappel des troupes romaines. Pour cette tâche ingrate, le pape eut en vain le concours du sage Rossi, Italien d’origine, Français d’adoption, et la veille encore ambassadeur de France à Rome. A une époque où les regards des Romains, comme ceux de tous les Italiens, étaient tournés vers les rives du Tessin et du Pô, Pie IX et son ministre avaient l’air de vouloir les ramener sur Rome et les renfermer dans l’étroit horizon des états de l’église. Alors que l’opinion ne voyait de salut pour l’Italie que dans une alliance intime avec le Piémont, Rossi, déjà effrayé de l’hégémonie piémontaise, paraissait chercher un point d’appui auprès des Bourbons de Naples. C’était aller au-devant des soupçons et s’exposer à être emporté par la révolution dont on prétendait changer le cours. Le 15 novembre, Rossi tombait sous le poignard d’un inconnu, au seuil de l’assemblée législative, dont il venait ouvrir la session. Rossi mort, les manifestations armées se pressaient aux portes du Quirinal, réclamant la guerre de l’indépendance, les canons destinés à l’Autriche étaient braqués contre la garde pontificale, le pape, assiégé dans son palais, acceptait des ministres dévoués à la politique populaire et recueillait avec tristesse les derniers applaudissemens de la foule. Son cœur était ulcéré, ses illusions évanouies ; il n’était plus que le prisonnier de la révolution, dont un instant il avait paru le prophète. Huit jours après, Pie IX déguisé fuyait sa capitale, et de Gaëte, où il s’était réfugié, le pape qui avait éveillé tant d’espérances en Italie appelait sur Rome les armes de l’Autriche, de l’Espagne et de la France.

Du faîte de la popularité, Pie IX était en quelques mois tombé dans l’exil. Après une telle expérience, on comprend qu’il eût pour jamais renoncé à sa première politique, et abjuré tout projet de parlement romain et de fédération italienne. Avec l’humilité du