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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/397

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porter les armes et l’uniforme militaire. Une maladie nerveuse, l’épilepsie, dit-on, lui avait fait refuser l’accès de la garde noble ; la même infirmité eût pu l’arrêter au seuil des dignités ecclésiastiques, s’il n’eût passé pour avoir été guéri par l’intercession de la Vierge. Un miracle lui avait ainsi ouvert les portes de l’église, dont le Saint-Esprit lui devait inopinément confier la direction.

Ce qui valut la tiare à Pie IX, ce fut la répugnance de la majorité. du sacré-collège pour l’impérieux cardinal Lambruschini ; ce fut ensuite la pureté de ses mœurs, la sincérité de sa foi, l’aménité de ses manières, puis aussi un certain renom d’humeur libérale ou tolérante, et la douceur que, dans son archevêché des Spolète, il avait montrée aux insurgés de 1831 et aux inculpés politiques. Grégoire XVI laissait l’état pontifical fatigué d’un long régime de compression et travaillé par les idées nouvelles. De tous côtés, parmi les laïques, parmi le clergé même, l’on réclamait un pape disposé aux réformes. Un vague souffle de l’esprit de liberté qui remuait déjà la péninsule avait pénétré jusque dans le conclave. Pie IX fut nommé par réaction contre le régime précédent, sans que personne sût bien ce qu’il était, sans même que la plupart des cardinaux qui lui donnaient leur voix lui crussent de réelles chances de succès.

Le nouveau pape sembla d’abord dépasser les espérances de ceux qui, en Italie et au-delà des monts, attendaient le plus de la papauté. Un de ses premiers actes fut une amnistie générale pour les condamnés politiques que Grégoire XVI tenait incarcérés dans ses prisons ou exilés à l’étranger. L’amnistie fit d’autant plus de bruit à Rome et en Italie qu’on la savait combattue par l’Autriche, alors omnipotente dans toute la péninsule. A cet acte spontané du nouveau pontife, ce fut des Alpes à l’Etna un délire d’enthousiasme. Les plus hardies espérances se donnèrent subitement carrière. L’Italie crut avoir trouvé un pape italien et libéral. Pour un homme naturellement enclin à la confiance et à l’optimisme, naturellement ouvert aux émotions généreuses, cette allégresse de toute une nation était le plus pressant des aiguillons.

Pie IX entendit le cri de réforme qui en 1847 résonnait à Rome comme à Paris. Tout était à refaire dans l’état romain. En restaurant la souveraineté pontificale, Pie VII et ses successeurs avaient rétabli tout ce qui, dans l’ancienne constitution, convenait au despotisme ou à la centralisation et pris garde de relever les anciens vestiges des libertés locales effacées par la révolution et par Napoléon. Pie IX rendit aux provinces des assemblées provinciales, à Rome une municipalité ; il ouvrit aux laïques l’accès de l’administration, il relâcha les liens de la presse, il institua, une consulte, un