Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/394

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


UN
ROI ET UN PAPE

II. [1]
PIE IX ET LE SAINT-SIÈGE.

Par sa durée comme par ses vicissitudes, le dernier pontificat restera l’un des plus mémorables de l’histoire. L’on peut dire de Pie IX qu’il a été un grand pape sans rien avoir d’un grand homme. Ni par la portée de l’intelligence, ni par l’étendue de la culture, il ne dépassait la moyenne des papes qui ont obscurément siégé sur la chaire de saint Pierre. La grandeur qu’il n’avait point dans l’esprit, Pie IX l’avait dans le caractère et dans l’âme. Doué en même temps d’une imagination ardente et mobile, d’un cœur ferme et intrépide, il a laissé sur tous les actes de son pontificat l’empreinte de sa personnalité. Aucun homme ne s’est jamais moins docilement courbé sous les faits, aucun pape n’a prétendu davantage à les diriger ; s’il n’a point réussi à modifier le cours de l’histoire, il a su donner autant de dignité aux revers qu’il a subis qu’aux triomphes qu’il a remportés.

Pie IX a été pape comme Louis XIV était roi ; il se tenait sans effort au niveau de ses hautes fonctions et en donnait à autrui une idée d’autant plus élevée qu’il en avait lui-même une plus haute opinion. Une figure ouverte et souriante, une bonté relevée de finesse, une noblesse aisée et pleine de bonhomie, une majesté

  1. Voyez la Revue du 15 avril.