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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/38

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rentrer dans la lutte, et c’est là justement qu’éclatait l’inévitable choc d’opinions, de sentimens, — l’incompatibilité entre l’ancien garde des sceaux et le ministère qui représentait les passions de la droite.

Cette affaire de la candidature de De Serre devenait tout un drame inaperçu, entrecoupé de négociations et de péripéties intimes. De Serre, quant à lui, avait évité toute apparence d’hostilité contre le ministère, dont il aurait pu après tout être la défense vis-à-vis des « ultras. » Il se présentait avec ses opinions, avec son passé, avec l’autorité de son éloquence. Il avait parlé de ses intentions à son ministre, à Chateaubriand, avec qui il avait de plus en plus des relations de confiance. Il écrivait souvent au brillant et inconstant ministre, et Chateaubriand lui envoyait quelquefois de ces lettres de sublime ennuyé qu’il aimait à prodiguer ; « ce serait de grand cœur, lui disait-il, que je changerais avec vous de position. Je vous laisserais les spectacles de la cour et j’irais revoir les barques de pêcheurs que vous avez sous les yeux. Au cas qu’un succès d’affaire vienne augmenter la déplaisance que l’on a naturellement de moi et que l’on me renvoie, j’irais vous chercher sur votre beau rivage ; je cours après le soleil et la retraite comme la chatte devenue femme courait après les souris. Ce sont là mes misères, monsieur, je vous les confie, cachez-les bien. C’est mon secret diplomatique… » Chateaubriand, en homme supérieur, n’avait vraiment que des sympathies et de bonnes paroles pour la candidature de De Serre, mais Chateaubriand, déjà menacé lui-même, ne comptait pas dans les élections. La difficulté était chez M. de Villèle, chez le ministre de l’intérieur, M. Corbière, qui ne voulaient ni l’un ni l’autre entendre parler du retour de De Serre. M. de Villèle, livré à sa propre inspiration, n’eût peut-être point résisté ; mais il voulait ménager la droite, dont il craignait d’exciter les ombrages et de réveiller les rancunes. Il n’était point un ennemi pour De Serre, mais il l’aimait mieux à Naples qu’à Paris. A ceux qui venaient l’interroger sur les intentions du gouvernement à l’égard du généreux absent, il répondait sans hésitation que De Serre faisait une faute, qu’il ne pourrait rester à la fois ambassadeur et député, qu’il serait un embarras pour lui-même et pour les autres. « Il est dans l’erreur, disait-il, sur la véritable situation. Il nous croit beaucoup plus près d’être débordés par les royalistes fous que nous ne le sommes, et pour les combattre il n’est pas en aussi bonne position que nous. » Bref, le conflit éclatait dans toute sa vivacité.

Le plus embarrassé dans ces pénibles négociations était un personnage influent à la chambre et en Lorraine, désigné par le roi pour présider le grand collège de Metz ; c’était M. de Wendel qui