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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/293

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bien dire et que je n’imaginais pas alors que les événemens me donneraient si promptement raison. Les révolutions de juillet et de février paraissent bien pâles et bien molles, lorsqu’on les compare à l’insurrection du 18 mars et à la truanderie communarde qui l’a prolongée jusqu’au forfait à outrance ; et la situation qu’une série d’insupportables défaites imposait à la France était autrement grave que les circonstances dont furent entourés l’avènement de la branche cadette des Bourbons et la résurrection de la république. Ce n’était plus un coup de surprise promptement régularisé par l’intérêt public inquiet de son avenir ; ce n’était plus un changement de gouvernement obtenu par la violence, alors qu’une simple modification ministérielle aurait suffi à toutes les exigences politiques ; c’était cette fois, à la suite de revers sans nom, d’illusions lâchement entretenues, et qui seront peut-être dans le plaidoyer de l’histoire les circonstances atténuantes du crime, c’était le bouleversement complet de l’état de choses consenti, c’était une éruption sociale prophétisée de longue date, mais à laquelle on s’était toujours refusé de croire, tant elle semblait absurdement horrible. Dans Paris, abandonné précipitamment par le gouvernement légal, la civilisation allait recevoir l’assaut le plus brutal dont elle ait jamais été ébranlée. La liberté, la justice, le respect dû à la propriété, les garanties qui maintiennent l’ordre social en équilibre, le droit, en un mot, et tout ce que ce grand terme comporte, allait sombrer, pendant deux longs mois, sous l’impulsion d’une bande de sacripans dont l’envieuse bêtise ne se peut figurer. Comment se fait-il qu’au milieu du désastre la Banque de France seule ait pu subsister, comment seule est-elle sortie intacte du naufrage, ne suspendant même pas ses opérations pendant la bourrasque et reparaissant plus vivace, plus féconde, plus majestueuse que jamais ? Cela tient d’abord à l’excellence même de sa constitution, à l’impeccable dévoûment dont tout son personnel, depuis le plus haut fonctionnaire jusqu’à l’employé subalterne, a donné des preuves pendant ces jours de tourmente, et, — je me hâte de le dire avec une certaine joie, — cela tient aussi à la droiture irréprochable de Charles Beslay, délégué de la commune à la Banque, et à la probité, hors de toute contestation possible, de François Jourde, délégué aux finances pour le comité central et pour la commune. La Banque ne fut pas à l’abri de tout péril ; elle fut pressée, réquisitionnée, menacée ; mais elle fut sauvée, et avec elle furent sauvés le crédit de la France, la fortune publique, qui purent faire face, sans trop d’efforts, aux obligations d’une indemnité de guerre écrasante, sous laquelle tout autre nation, fût-ce celle des vainqueurs, aurait probablement fléchi. Le salut n’a point été obtenu sans combat, et plus d’un