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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/28

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plus énergiquement combattus… » De Serre rendait coup pour coup, en se défendant il attaquait sans hésitation, souvent avec passion ; mais il n’avait point de fiel, et au milieu des plus vives excitations, par un généreux retour sur lui-même, il pouvait un jour déclarer tout haut en pleine chambre qu’il avait pu commettre des fautes, qu’il n’avait jamais cependant poursuivi personne de son animosité et de sa haine. « Je ne sais pas, disait-il avec une franchise pleine de noblesse, exempte de toute amertume, je ne sais pas et je ne veux pas savoir si j’ai des ennemis ; ce que je sais bien c’est que je n’ai donné à personne le droit de dire que je suis son ennemi. » C’était le secret de sa supériorité morale dans ces guerres de partis où s’agitaient tant de passions contraires.

Des ennemis, il en avait assurément plus qu’il ne le voulait ; il en avait parmi les libéraux qu’il contenait de son énergique parole, il en avait au moins autant parmi les royalistes, et il ne se détournait de la gauche que pour se trouver en face delà droite, des La Bourdonnaye, des Castelbajac, des Sallaberry, des Delalot, qui ne représentaient pas sans doute tous les royalistes, mais qui les intimidaient et les entraînaient. A ce monde impatient et turbulent, il avait aussi à tenir tête ; il se sentait plus embarrassé, il était cependant bien obligé parfois de relever vertement les attaques trop irritantes, de faire de vives sorties contre M. de Castelbajac ou M. Delalot. La vérité est que De Serre, selon le mot familier de la duchesse de Broglie, restait la « bête noire des ultras. » On acceptait son secours contre la gauche, on voyait toujours en lui l’adversaire des réactions de 1815, un libéral plus ou moins impénitent. Les efforts inutiles du garde des sceaux ne servaient qu’à montrer ce qu’il y avait d’étrange et de critique dans cette situation où l’éloquence du plus brillant des hommes et les intentions loyales du plus honnête des chefs de cabinet ne suffisaient pas pour le succès d’une politique de modération. Le ministère avait tout épuisé : il avait essayé d’une alliance avec la droite en s’associant M. de Villèle et M. Corbière, il avait multiplié les concessions, les complaisances du pouvoir dans les élections, — et à quoi arrivait-on ? La retraite de M. de Villèle et de M. Corbière laissait pressentir l’hostilité du parti a qui reprenait ses chefs ; » les élections de 1821, plus accentuées encore que celles de 1820 en faveur de la droite, donnaient une force nouvelle à ceux qui brûlaient d’aller jusqu’au bout et d’en finir avec les transactions. Le moment approchait où le ministère avait la chance de trouver contre lui un peu tout le monde, les exaltés du royalisme aussi bien que les libéraux, et de recevoir à l’improviste ce « bon coup de poignard » dont parlait M. de Vitrolles, que toute l’éloquence du garde des sceaux ne pouvait plus détourner.

On était à la fin de 1821, à l’ouverture d’une session nouvelle.