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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/234

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




30 avril 1878.

La vie de l’Europe, il faut l’avouer, est livrée à l’inconnu et remplie de contrastes. De toutes parts, sous toutes les formes, les problèmes extérieurs ou intérieurs se pressent, faisant aux nations une destinée laborieuse et précaire. Pour tout le monde, l’avenir reste obscur, les signes menaçans se mêlent aux gages d’une civilisation prospère. Qu’arrivera-t-il demain, d’ici à quelques semaines ? La guerre qui depuis une année a dévasté l’Orient, qui a porté la Russie jusqu’au Bosphore, jusqu’à la mer Egée, sera-t-elle suivie d’une guerre plus redoutable, d’une mêlée gigantesque de toutes les forces rivales du continent ? On n’en sait rien encore, on est réduit à vivre de nouvelles douteuses ; partout les délibérations sont engagées sur le congrès, sur le conflit de la Russie et de l’Angleterre, sur la manière de concilier le traité de San-Stefano avec les anciens traités européens. La diplomatie épuise ses derniers expédiens, et, au moment même où ces périlleuses ; questions s’agitent de tous côtés, à Saint-Pétersbourg et à Londres, à Berlin et à Vienne, voici un événement qui ne rappelle que les-émulations du travail et de l’industrie dans une civilisation cosmopolite ; voici l’exposition universelle de 1878, ce grand rendez-vous pacifique des nations qui s’ouvre demain à Paris, aux premières heures de mai, comme si rien n’était, comme s’il n’y avait point une acre odeur de poudre dans l’air ! Le génie de la paix et le génie de la guerre sont en présence.

Ce n’est pas la première fois, il est vrai, qu’il y a de ces contrastes ou de ces coïncidences étranges. Déjà en 1855 c’était ainsi. La première des grandes expositions françaises avait été décrétée deux années auparavant en pleine paix européenne ; au moment où elle s’ouvrait dans ce palais des Champs-Elysées, qui avait été élevé tout exprès et qui semblait alors grandiose, tout avait changé. On était en pleine guerre d’Orient, en plein siège de Sébastopol. Une conférence réunie à Vienne dans ce mois de mai 1855 essayait vainement de mettre fin au conflit. En 1867, même contre-temps. L’exposition, transportée sur un théâtre