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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 27.djvu/18

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les purs pensaient comme le conseiller secret, le familier audacieux et remuant du comte d’Artois, M. de Vitrolles, qui écrivait sans scrupule à l’abbé de Lamennais : « Ce que nous avons à redouter, c’est qu’on ne harcèle le ministère au lieu de l’attaquer vigoureusement et qu’on ne lui donne beaucoup de coups d’épingle au lieu d’un bon coup de poignard… »

Vainement le duc de Richelieu, sans illusion, souvent avec un courage attristé, s’efforçait de tenir tête et de refaire cette union royaliste que sa loyauté rêvait, qui lui échappait sans cesse. Vainement, vers la fin de 1820, il faisait un pas de plus dans la voie des concessions en associant au gouvernement quelques-uns des chefs de la droite. M. de Villèle consentait à être ministre sans portefeuille, et M. de Villèle ne marchait pas sans M. Corbière, qui entrait à la direction de l’instruction publique avec voix au conseil. M. Lainé, l’ami préféré de M. de Richelieu, rentrait dans le cabinet, un peu pour faire équilibre. Chateaubriand, le polémiste retentissant du royalisme, qui s’est peut-être exagéré son rôle dans cette négociation, avait l’ambassade de Berlin. En réalité ce n’était qu’une étape de plus dans une crise devenue chronique. Livré à lui-même, M. de Villèle avait assez de raison et de finesse pour sentir le prix d’une alliance avec M. de Richelieu ; mais il n’était pas libre, il avait son parti, qui ne se contentait pas d’un simple titre de ministre sans portefeuille. « J’ai honte de l’avouer, disait-il, si je n’ai pas de places à donner, le roi n’aura que M. de Villèle, et ce n’est pas son compte. » Un instant, M. de Villèle passait presque pour un défectionnaire aux yeux des siens, et il était exposé à s’entendre dire d’un ton dédaigneux par M. de La Bourdonnaye : « Sachez, monsieur, qu’il y a encore des royalistes au côté droit. » Et après quelques mois l’expérience du mariage de raison avec la droite finissait étrangement. Un jour, en plein conseil, M. Corbière demandait d’un seul coup le changement d’une dizaine de préfets. Quels griefs avait-il ? Il répondait naïvement qu’il n’en avait aucun, qu’il ne connaissait pas même ces préfets, mais qu’il y avait dans son parti des gens qui souffraient et qu’il était temps « de faire quelque chose pour les royalistes. » Il fallait des préfectures, du pouvoir !

On discutait pendant quelques jours, on négociait péniblement pour arriver à une scission nouvelle, plus irréparable. Le duc de Richelieu en éprouvait un vif chagrin, il l’écrivait à De Serre, que sa santé venait encore une fois d’éloigner de Paris. Il se plaignait moins de M. de Villèle que du « camarade, » M. Corbière, le Breton entêté et peu conciliant. « Je suis contraint, disait-il à De Serre, de vous annoncer l’issue malheureuse de ces longues négociations qui ont abouti avant-hier au soir à une séparation avec nos deux collègues… Je ne me dissimule ni les inconvéniens ni